Le déclin du socialisme

 

Il y a 50 ans le libéralisme économique était défait et le socialisme semblait en passe de l’emporter - même si le capitalisme restait dominant -, tant sa progression paraissait irrésistible et tant il occupait le paysage politique et intellectuel.

Souvenons nous. Le libéralisme économique avait conduit, lors de la grande dépression, l’économie mondiale à une catastrophe. Le séisme s’est produit au cœur du système capitalisme, aux Etats-Unis, mais il a entraîné des conséquences encore plus graves en Europe, en Allemagne notamment, et aussi dans le reste du monde, avec l’écroulement du cours des matières premières. Les conséquences politiques ont été encore plus dramatiques : essor du fascisme et du nazisme, coups d’Etat et multiplication des régimes autoritaires. Dans la plupart des pays qui possédaient des institutions de la démocratie libérale, celles-ci se sont effondrées.

Pendant ce temps là, l’économie soviétique, malgré son isolement, avait connu un essor remarquable[1], au point que même les économistes du capitalisme s’interrogeaient sur les raisons de son succès. Vers la fin des années 30 l’idée d’une intervention de l’Etat et même la notion de plan s’imposaient à la plupart d’entre eux.

Aux lendemains de la seconde guerre mondiale, personne ne doutait alors que la victoire sur le fascisme n’aurait pas été possible sans l’Armée rouge, et les puissances occidentales ont dû se résigner au basculement de l’Europe de l’Est dans le camp du socialisme. Après la révolution chinoise, et le succès militaire de la Chine dans la guerre de Corée, après la révolution cubaine et son impact dans l’Amérique latine, après la décolonisation, la victoire des communistes au Vietnam et l’apparition de régimes marxistes-léninistes même en Afrique, dans le courant des années 70, le socialisme représentait plus du tiers de la population de la planète.

Mais c’est en Occident même que le socialisme  faisait de petits progrès, au sein d’économies qui étaient des économies de marché. Tout d’abord ce fut la mise en place de l’Etat social ou de l’Etat providence. Un grand nombre de services échappait, plus ou moins complètement, au marché. Le marché du travail était désormais fortement régulé, via une législation sociale qui accordait aux salariés des droits collectifs et via une protection sociale à laquelle soit les Etats soit les capitalistes étaient tenus de contribuer. Dans un certain nombre de pays, il y eut un train important de nationalisations, qui conduisait à une économie « mixte », où le secteur public était minoritaire, mais occupait des positions clés (dans le crédit, l’assurance, les industries de base, les transports, l’énergie etc.). Il y eut aussi, notamment en France, une planification indicative, à travers laquelle l’Etat, les employeurs et les représentants des salariés essayaient d’anticiper les évolutions, et elle eut même un caractère incitatif, orientant le développement à travers des aides diverses.

A l’époque les partis ouvriers, et surtout le parti communiste, contestaient vigoureusement ce capitalisme d’Etat, à l’aide de concepts comme celui de « capitalisme monopoliste d’Etat » et d’impérialisme. Cette critique a négligé un point essentiel : le nouveau compromis social comportait bel et bien des éléments de socialisme, mais on ne s’en est rendu compte que bien plus tard, quand les libéraux ont entrepris de démanteler l’Etat providence. Sans aucun doute les régimes keynésiens ne visaient qu’à sauver le capitalisme, à le protéger contre ses propres excès, mais le souci de justice sociale, la volonté de réduire les inégalités, même de la part de gouvernements de droite (qui furent le plus souvent au pouvoir dans les années 50-60) était réel. Tandis que les partis communistes continuaient à lorgner sur l’Union soviétique, quelques partis socialistes avaient en vue une sorte de socialisme de marché (en France, avec le programme commun de la gauche, en Suède, avec la proposition du grand syndicat ouvrier de transformer une partie des profits en propriété salariale), tandis que les autres se satisfaisaient d’un capitalisme social.

Quelques années plus tard, le retournement était spectaculaire. Le libéralisme était revenu en force, le keynésianisme était accusé de tous les maux, la révolution conservatrice l’emportait en Grande Bretagne et aux Etats-Unis, les partis socio-démocrates perdaient le pouvoir ou se ralliaient au libéralisme, en essayant de le teinter de social. Une nouvelle orthodoxie s’est emparée de tous les centres de pouvoir pendant les années 80, au point de faire figure de « pensée unique ». Le marxisme a été vilipendé, accusé d’être, au même titre que le fascisme, porteur de totalitarisme. Le socialisme était déclaré, dans les pays occidentaux, antinomique avec les lois de l’économie, même sous sa forme modeste de l’Etat social, et incompatible avec la démocratie. La quasi-totalité des intellectuels l’ont banni de leur horizon.

Ce qui a porté le coup fatal à l’espérance socialiste, ce fut l’effondrement de l’URSS et du « camp socialiste ». On savait depuis longtemps que le système soviétique fonctionnait de plus en plus mal, et c’était déjà là un argument de poids pour ses adversaires. Bien qu’ils aient été totalement surpris par son implosion – il s’est désagrégé presque sans un coup de fusil – et que cela ait mis à mal la thèse dominante du totalitarisme, ils en ont immédiatement tiré profit pour triompher : si le socialisme s’était auto-détruit, c’est qu’il était vraiment à bout de souffle et qu’il ne trouvait plus personne pour le défendre ; quant aux anciens dirigeants communistes, ils confirmaient d’eux-mêmes la fin du socialisme, puisqu’ils s’étaient pour la plupart ralliés, et avec une vitesse stupéfiante, au néo-libéralisme le plus déchaîné.

 

Quelques raisons du tournant néo-libéral

 

Il faut s’arrêter un peu sur ces raisons, car on doit comprendre pourquoi le socialisme a brutalement décliné et, par là même, identifier les obstacles qui s’opposent, encore aujourd’hui, à sa résurgence.

Il y eut d’innombrables explications à la crise des régimes keynésiens qui avaient permis, en Occident, ce qu’on a appelé l’ ‘Age d’or’ ou ‘Les trente glorieuses’, et que personne n’avait anticipée. Et les néo-libéraux se sont empressés de fournir les leurs : l’économie, selon eux, était trop dirigée, les prélèvements sociaux empêchaient le libre jeu du marché, l’allocation du capital était faussée par toutes sortes de contrôles (par exemple l’encadrement du crédit ou le contrôle des changes), le marché du travail était rigidifié par une législation sociale trop contraignante etc. Mais cela n’expliquait guère pourquoi l’économie occidentale avait si bien fonctionné pendant trente ans, en particulier dans les pays les plus « dirigistes », comme la France ou le Japon.

Pour l’historien marxiste de l’économie les causes se trouvent dans les mécanismes de l’économie capitaliste, qui s’étaient simplement trouvés contrecarrés pendant cette période exceptionnelle. En effet le mouvement de concentration du capital s’était poursuivi sous la houlette de l’Etat keynésien et se trouvait maintenant freiné par lui. Les sociétés transnationales aspiraient à se dégager des limites que les Etats leur imposaient : elles voulaient pouvoir investir là où elles voulaient, quand elles voulaient, comment elles voulaient. La division internationale du travail devait se poursuivre coûte que coûte, en même temps que devait progresser plus vite le marché mondial. Dans leur concurrence acharnée, les oligopoles mondiaux voulaient délocaliser de plus en plus leur production vers les pays où les salaires et les conditions sociales permettaient de réduire les coûts.

En second lieu ces grandes entreprises avaient besoin, pour accumuler, d’accroître leurs profits. Or la progression continue des salaires les en empêchait, ce qui les a poussées d’une part à accélérer la mécanisation et d’autre part à exiger pour le moins une « modération salariale ». Ce fut ce qu’on a appelé la crise du profit, que l’économiste marxiste pouvait expliquer, en dernière instance, par la loi de la baisse tendancielle du taux de profit. En troisième lieu les entreprises transnationales avaient besoin de se développer, même si elles redevenaient capables de s’autofinancer, par des acquisitions et des fusions. Et seul le développement des marchés financiers offrait la liquidité voulue à cet effet : c’est l’époque où les offres publiques d’achat et les offres publiques d’échange, ces techniques financières qui étaient depuis longtemps pratiquées aux Etats-Unis, mais qui étaient presque inconnues en Europe et au Japon, prennent leur essor[2].

Ce sont donc les exigences de la concentration et de l’internationalisation du capital qui ont sapé les fondements de l’Etat keynésien, et elles devaient produire les effets décrits par Marx : accroissement du chômage, montée des inégalités (paupérisation relative). Mais ce fut aussi le résultat des luttes de classes. Comme les luttes des salariés avaient imposé un partage des gains de productivité, les profits étaient atteints. Comme les ouvriers ne voulaient plus trimer comme ils l’avaient fait pendant la période du boom économique, le système taylorien était ébranlé et le combat pour réduire le temps de travail affectait aussi l’extorsion de la plus-value absolue[3].

 

La crise rampante du capitalisme financiarisé

 

Le néo-libéralisme semble avoir gagné la partie, puisqu’il continue aujourd’hui sa progression à marche forcée et que le socialisme semble remisé aux poubelles de l’histoire. Et pourtant, cette victoire n’en est pas une, ou plutôt c’est une victoire par défaut, le socialisme semblant désormais confiné, pour l’essentiel, à deux pays des confins de l’Asie (Chine et Vietnam). Tout porte à penser, en effet, que le capitalisme, loin d’être reparti d’un bon pas, connaît une crise rampante.

On peut noter, bien sûr, que les taux de croissance sont bien plus faibles qu’à l’époque keynésienne, au moins divisés par deux. Mais l’essentiel n’est pas là, car ce régime de croissance est quand même supérieur à ce que fut celui du capitalisme pendant une bonne partie de son histoire. Le point principal est, à ce sujet, que la croissance est devenue erratique, et que le risque d’une grande dépression, d’une récession dramatique de l’économie mondiale s’est présenté à plusieurs reprises. Plusieurs auteurs pensent que, avec la globalisation du capital et la vitesse de circulation des capitaux flottants, une crise plus grave encore que celle de 1929 aurait pu se produire. Et, ce qui a permis de l’éviter, non sans de graves conséquences dans les pays périphériques, mais prospères, ce furent précisément les institutions de l’Etat keynésien, qui a continué malgré tout à distribuer des revenus, et les interventions massives du FMI, bien qu’il ait fortement contribué à l’aggravation de la crise[4]. On n’a pas manqué de remarquer que la Chine a été préservée de la crise des pays du Sud-Est asiatique parce qu’elle restait maîtresse des mouvements de capitaux et de sa monnaie (à travers le contrôle des changes), que la Malaisie y a également échappé pour la même raison, et que même le Chili, qui fut un laboratoire du néo-libéralisme, avait trouvé les moyens de se protéger.

Si le capitalisme néo-libéral est ainsi menacé de crises graves, qui vont au-delà des cycles économiques habituels, c’est parce qu’il repose sur la « tyrannie des marchés financiers », dominés qu’ils sont par de puissants investisseurs institutionnels. On s’aperçoit de plus en plus que ces marchés sont largement incompétents, porteurs de corruption, structurellement instables, ce qui conduit de nombreux auteurs à tirer la sonnette d’alarme : le capitalisme n’est-il pas en train de s’auto-détruire ? En outre leur fonctionnement est très coûteux : la sphère financière prélève une énorme dîme sur l’économie.

La crise du capitalisme financiarisé est aussi rampante, parce que ce dernier ne cesse de creuser les inégalités. En exigeant des retours sur investissement de 15, 20, 25 %, il enrichit les actionnaires, mais appauvrit les salariés, fait des ponts d’or aux dirigeants de ses firmes, mais licencie à tout va. En soumettant les salariés à un chantage permanent, il les déstabilise (c’est ce qu’on appelle la « flexibilité » du travail). Il accroît donc en permanence le mécontentement social, ruinant le compromis social qui avait fait la stabilité du capitalisme keynésien.

Sur le plan politique, le capitalisme néo-libéral provoque une crise de la démocratie, qui est peut-être plus grave encore. Les gens se désintéressent de la vie politique, parce qu’elle n’offre plus de réelle alternative. Les partis deviennent de pures machines électorales, sans autre visée que de satisfaire des groupes d’intérêt. Pis encore : le projet et l’utopie néo-libérale sont d’en finir avec la démocratie politique, toujours susceptible de menacer les intérêts capitalistes ou en tous cas d’engendrer cette incertitude que détestent les marchés financiers. On va même jusqu’à suggérer de remplacer la démocratie citoyenne par la « république des actionnaires », ceux-ci étant censés porteur de préoccupations d’intérêt général (normes sociales et environnementales). Cette crise de la démocratie s’est traduite notamment par la montée de l’abstentionnisme et par le regain des partis politiques d’extrême droite, notamment auprès des catégories populaires.

Au niveau mondial le capitalisme néo-libéral a, comme le prévoyait Marx, érodé les bases que le capitalisme avait jusque-là plutôt utilisées : la famille, les structures de voisinage, la religion. Ce qui devait susciter des réactions d’auto-défense extrêmement virulentes, surtout dans les pays plus ou moins laissés pour compte par la mondialisation capitaliste, mais aussi au cœur des métropoles. Le fondamentalisme et le terrorisme islamiste en sont l’exemple le plus notoire. On ne comprend rien au fondamentalisme si l’on ne voit pas qu’il prend la place de ce que le capitalisme a détruit : la solidarité (les associations islamistes fournissent un succédané de l’Etat providence), les comportements non axés sur le profit (les banques islamistes en principe rejettent l’intérêt), l’espoir en une vie meilleure. Le capitalisme crée donc sans arrêt ses fossoyeurs, mais ce n’est plus la prolétariat en tant que tel : ce sont des individus poseurs de bombes ou kamikaze.

J’arrêterai là cette liste des facteurs de crise que le néo-capitalisme porte en lui comme l’orage porte la tempête. La question qui se pose désormais est celle-ci : pourquoi toutes ces conditions ne sont-elles pas ipso facto un terreau favorable pour le socialisme ? Car, on a beau chercher, on ne voit pas d’autre alternative se dessiner, et le socialisme est bien la seule idéologie laïque qui semble capable de faire pièce au capitalisme.

 

Les obstacles au retour du socialisme…ou comment reconquérir une hégémonie idéologique

 

Le premier obstacle est sans doute plus idéologique que politique. L’idée du socialisme est devenue confuse, illisible, parce qu’il n’existe plus de projet socialiste clairement identifiable, mais seulement de vagues invocations à plus de justice sociale et plus de solidarité, sans qu’on sache quel mode de production en serait porteur. A l’inverse le projet néo-libéral est parfaitement articulé : supériorité des marchés dans l’allocation des ressources (on rappelle sans cesse les bienfaits de la concurrence pour le consommateur), supériorité de l’entreprise privée (exaltation de la liberté d’entreprise, qui se réfère au petit entrepreneur, alors que la réalité est celle de la prédation des petits par les gros), neutralité et amaigrissement de l’Etat (on joue sur le thème toujours populaire de la réduction des impôts), valorisation de la responsabilité individuelle et critique de l’assistanat. Ce discours est loin de convaincre tout le monde, mais il finit par intimider ses interlocuteurs, réduits à des positions défensives. Il manque au socialisme un discours de combat, comme il en avait un à ses origines.

J’ajoute que l’énonciation d’un projet socialiste est une chose très complexe, parce que le projet ne peut pas être le même selon les conditions concrètes, qu’il devrait déboucher sur des programmes de transition qui ne peuvent être que modestes tant qu’on n’est pas dans une situation de crise dramatique, comme celles qu’ont connu récemment certains pays d’Amérique latine (tels l’Argentine ou la Bolivie), et que, en même temps il doit être articulé sur une perspective à long terme. Le socialisme doit faire rêver, tout en restant un socialisme du possible. Il doit redonner du sens à l’avenir. Car c’est là, précisément, que le projet néo-libéral échoue. Il peut ouvrir une carrière à des appétits individuels, il n’offre aucun idéal collectif. C’est bien pourquoi il en vient à se donner une couverture religieuse des plus réactionnaires pour mobiliser des couches de l’opinion (on l’a vu particulièrement avec le bushisme, mélange de darwinisme social et de fondamentalisme religieux).

Si je prends l’exemple de la Chine, il me semble que le projet socialiste y est en manque d’idéal. « Etape inférieure du socialisme » certes, mais quelles seraient les étapes supérieures ? Je sais bien qu’on ne peut faire bouillir les marmites de l’avenir, mais le projet marxien, si peu dessiné qu’il fut, avait un sens général identifiable et mobilisateur.

Le deuxième obstacle, du moins en Occident, réside dans la toute-puissance des appareils idéologiques, qui ne peut être comparée qu’à celle de la propagande nazie, sauf qu’elle ne dit pas son nom. Le socialisme ne peut y remédier qu’en créant ses propres moyens d’expression et de diffusion. Il peut se servir à cet égard de la puissance de l’Internet, de ses sites, de ses espaces de discussion, de ses moyens de téléchargement de l’information. A mon avis l’utilisation de cet outil né de la révolution informationnelle ne fait que commencer.

Le troisième obstacle, du moins en Occident, de nature politique, réside dans les pouvoirs d’une nouvelle bourgeoisie, je veux dire une bourgeoisie qui ne détient pas seulement des parts importantes de propriété dans les entreprises, généralement gérées par des investisseurs institutionnels, mais qui s’est installée au cœur de la finance, de l’Etat et des médias. La motivation des ultra-libéraux qui ont recommandé la privatisation accélérée des entreprises soviétiques était qu’il fallait créer le plus rapidement une bourgeoisie d’affaires, de telle sorte qu’elle soit assez puissante pour empêcher tout retour en arrière. Je crains que pareil danger ne menace le socialisme chinois. Le parti communiste aura beau garder les rênes, s’il laisse se développer de puissants intérêts privés dans la sphère économique, la pression de ces intérêts et l’esprit du capitalisme risquent d’être plus forts que lui. Et ce ne sont pas des rappels de l’esprit de Yan’an qui suffiront à contrebalancer cette tendance. Le seul moyen de faire face à la puissance de la bourgeoisie (y compris une bourgeoisie d’Etat, de plus en plus inféodée, dans les pays capitalistes, aux intérêts privés) est, bien entendu, de s’appuyer sur les couches populaires, non seulement d’obtenir leur soutien, mais encore de favoriser leur mobilisation.

J’en viens maintenant aux obstacles économiques. Ils sont nombreux. Je me contenterai de relever deux obstacles majeurs.

 

Deux obstacles économiques…ou comment les surmonter.

 

1° Le premier obstacle aujourd’hui réside dans la mondialisation. Nous avons vu que celle-ci a servi d’accélérateur à la concentration capitaliste, et que cette dernière exige à son tour une libéralisation des mouvements de capitaux, qui lui permet de se déployer[5]. Par ailleurs la mondialisation sert d’argument ultime pour justifier toutes les « réformes » : il faut s’adapter pour survivre dans le marché mondialisé. C’est ce que soutient aussi le libéralisme social : nous n’avons plus le choix, le mieux à faire étant de réguler cette mondialisation (le discours d’un Tony Blair est sans doute le plus significatif à ce propos).

Pour le socialisme, c’est effectivement un défi[6]. Les entreprises d’un pays socialiste devraient impérativement parvenir à la taille critique, si elles veulent affronter les mastodontes capitalistes sur le marché mondial. Mais le danger est de copier purement et simplement les objectifs, les techniques comptables, le type d’organisation et de management, les modes de financement des multinationales capitalistes. Car, à ce compte, pourquoi ne pas privatiser toutes les entreprises ?

Par contraste, on peut voir où résiderait la supériorité d’entreprises socialistes, quand elles prennent la forme d’entreprises publiques. Leur propriétaire ou leur actionnaire dominant étant l’Etat ou une collectivité publique, ou un ensemble de personnes publiques, elles peuvent, en particulier, rémunérer bien moins le détenteur de leurs actifs que les entreprises capitalistes, ce qui leur donne des possibilités d’auto-financement supérieures[7].

2° Un vice de structure des entreprises publiques était la confusion des pouvoirs : le gouvernement et l’administration étaient à la fois propriétaires des actifs, administrateurs des entreprises et gestionnaires, à travers des dirigeants nommés qui obéissaient plus ou moins aux ordres (il était aussi, d’une certaine façon, créancier en agissant sur la politique de crédit des banques publiques, et débiteur, quand ses entreprises étaient très endettées). L’entreprise capitaliste a connu des difficultés inverses à l’époque du capitalisme « managérial » : les dirigeants avaient leur propre stratégie, et les actionnaires n’avaient guère de pouvoir, du fait de l’asymétrie d’information entre eux et les premiers. Elle a essayé de résoudre cette difficulté en rendant le pouvoir aux actionnaires, et en contrôlant les directions d’entreprise par la « gouvernance d’entreprise », c’est-à-dire par un certain nombre de mesures tendant à obliger les gestionnaires à rendre régulièrement des comptes. Or on ne peut pas dire que ce fut un grand succès, car le jeu de poker menteur continue, comme on l’a bien vu avec certains scandales retentissants, qui démontraient la complicité entre les directions d’entreprises et toutes les instances censées les contrôler. Les entreprises publiques peuvent résoudre ce problème du gouvernement d’entreprise d’une autre manière, et c’est ce qui leur donnerait une supériorité.

Sans entrer dans les détails, les principes d’une réforme des entreprises publiques (hors services publics) seraient les suivants : l’Etat propriétaire (ou tout autre collectivité publique) verrait ses intérêts patrimoniaux représentés non par l’administration, mais par une instance autonome veillant à la bonne gestion des actifs[8]. C’est seulement au niveau de la planification que le gouvernement, sous l’impulsion et le contrôle du Parlement, agirait pour favoriser, par des leviers indirects tels que le taux de crédit, la fiscalité ou d’autres formes de subventionnement, des entreprises en fonction des priorités retenues et sans fausser la concurrence. Cette instance autonome désignerait les représentants de la puissance publique au conseil d’administration des entreprises, qui lui-même désignerait et contrôlerait la direction. Dans un système socialiste ce ne peuvent être les acteurs du marché financier qui évaluent la valeur et les résultats d’une entreprise (si marché financier il y a, dans le cas d’entreprises mixtes où les actions privées sont échangeables, il ne devrait servir que de complément). Un autre trait structurel des entreprises publiques serait la participation des salariés, non point en tant qu’actionnaires, mais en tant que tels, à divers niveaux, et notamment au sein du conseil d’administration. Si cette participation est réelle, elle permet non seulement de motiver et de responsabiliser le personnel, mais aussi de surveiller la gestion, bien mieux que toute surveillance extérieure, car le personnel est bien celui qui connaît le mieux le fonctionnement effectif des entreprises. Ce serait là une troisième supériorité, et non la moindre, de l’entreprise socialiste sur l’entreprise capitaliste.

Nous venons de voir deux sérieux problèmes, qui sont peut-être en passe d’être surmontés aujourd’hui en Chine. Mais, naturellement, il faut les réinscrire dans le cadre d’un projet socialiste global.

 

Redessiner un projet socialiste

 

Je serai ici très bref, puisque j’en reparlerai dans une prochaine conférence. Dans un ouvrage récent et dans quelques articles[9], je me suis essayé à repenser un tel projet pour un socialisme « avancé », dans un pays développé. Voici ses grandes lignes.

 

1° S'il faut trouver une expression condensée pour caractériser le nouveau projet socialiste, je propose celui de démocratie économique, en ne le limitant plus au sens étroit de la démocratie d'entreprise. La démocratie économique comporte en effet trois aspects essentiels.

C'est tout d'abord la démocratie politique appliquée à l'économie, autrement dit le fait que le peuple souverain peut, de diverses façons, effectuer un certain nombre de choix collectifs, qui lui permettront d'orienter et de maîtriser le développement économique. Je voudrais distinguer ici fortement les choix collectifs des choix privés. Les premiers concernent de grandes orientations macro-économiques ou sectorielles (par exemple la répartition entre consommation et investissement, entre travail et temps libre, ou encore telle bifurcation technologique, tel type d'agriculture etc.), les seconds relèvent du libre choix des individus en tant que tels (par exemple ce qu'ils consomment, le choix de leur profession ou de leurs loisirs, de leur mode d'habitat ou de transport etc).

En disant cela nous récusons une "économie de commandement" ou une "économie administrée", où le politique décide de tout, où il impose des normes collectives tant aux individus qu'aux collectifs de travail, où il fixe jusqu'à la hiérarchie de nos besoins. Une telle société collectiviste n'est plus en phase avec le processus d'individualisation qui caractérise les sociétés émancipées de la pénurie et de la misère, et ne correspond nullement à l'idéal communiste, qui était celui de l'épanouissement de l'individu socialisé. Mais nous nous opposons tout autant à une société d'individus atomisés, livrés au pur jeu de leurs intérêts personnels, indifférents les uns aux autres, bref à la société rêvée par les ultra-libéraux.

Cela veut dire aussi que la démocratie ne va pas sans une certaine planification, faute de quoi elle perd sa substance pour n'être plus qu'un système de "gouvernance", confiée à des experts chargés d'élaborer et d'appliquer les règles d'un marché aussi concurrentiel que possible, un système fondamentalement non interventionniste.

La démocratie économique, c'est en second lieu le choix et la production d'un certain nombre de biens sociaux. Permettez moi de vous proposer ici une nouvelle distinction : celle entre biens sociaux et biens privés. Par biens sociaux j'entends d’abord ceux qui sont nécessaires à l'exercice de la citoyenneté, ceux qui font que la liberté politique puisse être non pas seulement négative (ne pas être soumis), mais positive (jouer un rôle politique). Les citoyens veulent avoir notamment des moyens d'éducation et d'information. Les biens sociaux sont aussi ceux qui font nation, ceux qui font les individus ont un certain nombre de choses en commun - du branchement électrique au bureau de poste et au jardin public - auxquelles ils accèdent sur un pied d'égalité. Enfin les biens sociaux sont aussi ce que j'appellerai des biens "stratégiques" : si la défense, les technologies de pointe, la recherche ne sont plus que l'affaire des oligopoles mondiaux, c'est est fini de toute sorte d'indépendance, surtout quand la puissance dominante s'arrange, elle, pour garder la haute main sur eux.

La démocratie économique, c'est enfin la démocratie d'entreprise. Vous noterez que je ne l'ai mise qu'en troisième position. Ce n'est pas que je la considère comme secondaire, bien au contraire. La révolution la plus profonde est là, puisque c'est sur leur lieu de travail que les individus, qui y passent la plus grande partie de leur vie éveillée, doivent pouvoir retrouver le sens et la responsabilité de leurs actes. Une certaine autogestion est donc, selon moi, indispensable au projet socialiste[10].

Vous remarquerez que jusqu'ici je n'ai guère parlé des formes de la propriété. C'est parce que, à mon avis, quelle que soit leur importance, mise au premier plan par toute une tradition marxiste, elles doivent se déduire des trois principes de la démocratie économique, telle que je viens de les énoncer, tout autant que du phénomène thématisé par la même tradition, celui de la socialisation des forces productives. Reprenons en effet nos concepts. Les choix collectifs n'impliquent aucunement la propriété publique, mais seulement l'intervention publique, qui peut disposer de toutes sortes de moyens indirects pour agir sur la propriété privée (modulation du crédit et de la fiscalité, commandes publiques, subventions, contrôle des prix dans certains cas). Mais ils déterminent le périmètre et le poids des biens sociaux, et les biens sociaux, eux, supposent en général la propriété publique, parce qu'elle seule permet d'assurer leur qualité de service public - ce qui laisse toute une part au choix privé (par exemple je peux choisir mon médecin). Pour tout ce qui concerne, en revanche, les biens privés, la propriété publique n'est plus nécessairement requise, les pouvoirs publics n'ayant plus d'obligation en la matière, mais naturellement cela ne veut pas dire que le socialisme doit les abandonner au secteur capitaliste, car ce serait alors le troisième pilier de la démocratie économique - la démocratie d'entreprise - qui s'effondrerait.

2° Tout cela m'a conduit à une idée qui n'est pas nouvelle, mais qu'il faudrait repenser à nouveaux frais : l'existence de plusieurs secteurs dans une économie socialiste.

Il y aurait d'abord le secteur public des services publics. Si l'on excepte des services comme la justice, l'éducation ou la santé, où un grand nombre de prestations serait gratuite, ces services seraient généralement marchands, mais faiblement marchands, je veux dire payés par les usagers, mais avec une péréquation telle qu'elle permette l'égalité d'accès. La concurrence n'y serait admise que si elle est bénéfique, encadrée, et seulement entre entreprises publiques, sauf exception. J'ai fait ici, dans mon dernier livre[11], un certain nombre de propositions précises, dont je parlerai dans mon autre conférence.

Il y aurait ensuite ce que j'ai appelé un "secteur socialisé", où les entreprises pourraient être de très grande taille, et même transnationales, chaque fois que cela comporte un réel avantage économique (économies d'échelle et synergies). Ces entreprises seraient autogérées, mais leur financement serait mutualisé. C'est là que, m'inspirant d'autres auteurs, j'ai proposé un système novateur, que je résumerai dans mon autre conférence. Il était impossible, bien sûr, de tester empiriquement la validité d'un tel modèle, puisqu'il n'existe pas, mais j'ai cru trouver dans les expériences, il est vrai très circonscrites, de "financement solidaire", des techniques et des réalisations qui plaident en sa faveur. Ce serait là une alternative à un système d'entreprises publiques concurrentielles, mais encore axées sur la rentabilité, telles qu'on peut les trouver aujourd'hui en Chine.

Enfin il y aurait un secteur privé. On ne voit guère l'intérêt ni même la possibilité d'entreprises socialisées quand la production est à toute petite échelle : artisanat, petit commerce, certaines professions libérales. Mais le secteur capitaliste ne serait nullement interdit, d'abord parce qu'il est toujours dangereux d'interdire, ensuite parce qu'il peut représenter un challenge permanent pour le secteur socialisé, notamment en ce qui concerne l'esprit entrepreneurial - le meilleur du capitalisme. Il pourrait aussi bénéficier des incitations de la planification. Mais il devrait être soumis à un certain nombre de normes sociales - il s'agit non seulement de protéger ses travailleurs, mais d'éviter, ici encore, une concurrence déloyale.

 

3° Je vous parlerai, dans ma prochaine conférence, davantage du plan - moyen de remédier aux défaillances du marché, mais surtout lieu d'exercice de la démocratie -, de la politique économique qui lui serait subordonnée, de la socialisation des marchés et des institutions politiques, qui devraient être profondément transformées, mais je n'en aurai pas le temps.

Ce modèle, je l’ai dit, suppose un niveau de développement élevé. Et ceci me conduit à une dernière question, dont je ne dirai que quelques mots : où, dans quels pays, le socialisme aurait-il des chances, de naître ou de renaître ?

 

Le socialisme dans quels pays ?

 

Il y a une quinzaine d’années, je m’étais posé cette question, et j’y avais répondu en gros de la manière suivante. Le socialisme suppose un niveau de développement économique (disons, pour aller vite, de socialisation des forces productives) important, mais aussi un niveau d’instruction, de culture, de démocratie (une tradition de longue date), des besoins (des besoins qualitatifs, une fois que les besoins de base sont satisfaits), qu’on ne peut trouver que dans les pays capitalistes avancés ou certains pays ex-socialistes. Ce qui était conforme à la pensée marxiste. Mais, m’appuyant sur la théorie de l’impérialisme (le développement inégal et combiné), je considérais que le socialisme ne pouvait trouver un terrain favorable dans les grandes métropoles capitalistes, et j’excluais donc les Etats-Unis et le Japon. Je pensais en revanche que l’Europe serait la « zone des tempêtes », car elle ne pourrait maintenir son rang mondial qu’en s’unifiant, et ne pourrait s’unifier que contre son mode de construction libéral, qui mettait tous ses pays en concurrence les uns avec les autres. La suite de l’histoire a montré que ne n’avais pas tout à fait tort : la construction actuelle, à la fois néo-libérale et technocratique, la condamne au déclin, ce que ses populations, fortement touchées par le chômage, les délocalisations, la stagnation du niveau de vie, le déclin de l’Etat providence, le creusement des inégalités, supportent de plus en plus mal. Mais je pensais que cette situation de crise molle ne s’aggraverait que parce que les pays de l’Est européen, une fois les illusions passées, ne supporteraient pas la rétrogradation, la « tiers mondisation », qu’ils connaissaient. C’est là que je me suis trompé : la catastrophe a été telle, et la vieille inertie du monde du travail si forte, qu’ils ont accepté sans résistance de se jeter dans les bras des investisseurs occidentaux, avec la complicité de leurs dirigeants. Cette situation n’est pas destinée à perdurer, car la crise de l’Europe ne fait que prendre de l’ampleur. Mais un retour vers une forme de socialisme n’est pas pour demain.

A l’époque j’avais complètement mésestimé le dynamisme de la Chine (puis du Vietnam). Je considère aujourd’hui que c’est là le grand évènement de la période contemporaine, celui qui redonne des chances au socialisme, dans des pays qui sortent précisément du sous-développement. Est-ce à dire que dans le reste du Tiers Monde (qu’on appelle aujourd’hui plus justement les pays du Sud), le socialisme reste indiscutablement prématuré ? Il y a quinze ans, je n’excluais pas que certains pays se dirigent quand même vers une économie mixte, avec un secteur public rénové et une politique volontariste. A l’heure actuelle, cette perspective me paraît encore plus vraisemblable, d’abord parce qu’un certain nombre de pays sortent de leur marasme, créé par la « crise de la dette », ensuite parce que l’impérialisme y a fait tant de dégâts qu’il y est redevenu un adversaire. On peut dire qu’elle est déjà en train de devenir une réalité au Vénézuela, en Bolivie et en Equateur. Or la Chine peut ici jouer un grand rôle, d’une part en montrant que le développement est possible sans s’aliéner au capital international, d’autre part en indiquant des voies possibles de transition, sans se déconnecter excessivement de la mondialisation, enfin en soutenant les expériences étrangères pacifiquement et sans prosélytisme, là où l’impérialisme fait tout le contraire.

 

[1] Entre 1929 et 1940, la production industrielle de l’URSS fut multipliée par 3. De 5% des produits manufacturés dans le monde, elle passa à 18% en 1938.

[2] Vers la fin des années 70 le crédit bon marché était encore la principale source de financement extérieur des entreprises, d’autant plus que les euro-dollars avaient permis de multiplier les offres de crédit à court terme (ce qui a conduit à l’endettement accéléré du Tiers Monde). Ce fut le brutal relèvement du taux d’intérêt par les autorités monétaires américaines qui fit basculer tout le système de l’allocation du capital : désormais s’endetter revenait trop cher, et il fallait recourir au marché des obligations, et surtout au marché des actions pour augmenter la part des capitaux propres.

 [3] On peut être surpris par la faible résistance, pendant les années 80, des salariés du bas de l’échelle, à la dégradation de leur condition. Deux éléments peuvent l’expliquer en partie : d’une part la pression d’un chômage grandissant, d’autre part le maintien relatif d’une protection sociale, qui empêchait les revendications de tourner à l’explosion sociale. Ce n’est que beaucoup plus récemment que la bourgeoisie a tenté de résoudre le problème social avec l’actionnariat salarié.

[4] Sur le rôle de pompier pyromane du FMI, cf Joseph Stiglitz, La grande désillusion, Fayard, 2002, pour l’édition française.

[5] L’accumulation, il faut le remarquer, est surtout extensive : les entreprises capitalistes grossissent en absorbant des concurrentes ou en fusionnant avec elles. Mais les effets d’échelle restent importants, ce qui explique, notamment à travers la progression de la recherche-développement, la rapidité du progrès technique

[6] Car on ne peut plus envisager de « construire le socialisme » dans un seul pays. L’exemple de l’Union soviétique, comme celui de la Chine avant l’ouverture, sont là pour montrer ce qu’il en coûte de se couper du marché mondial. Je ne vais pas ici peser les avantages et les dangers d’une insertion dans le marché mondial, ni évoquer les bienfaits relatifs d’un certain protectionnisme, mais il est clair que c’est là un problème majeur.

[7] L’Etat ne doit pas, comme dans l’ancien système socialiste, pomper les profits des entreprises, mais leur laisser à la fois une large autonomie et la plus grande partie de leurs profits, se reposant désormais sur l’impôt pour alimenter les finances publiques. Ce prélèvement excessif, et arbitraire, est aussi ce qui a grandement handicapé les entreprises publiques des pays occidentaux, en particulier en France. Et c’est ce dysfonctionnement qui a servi à son tour de justification à la privatisation.

[8] Il me semble que tel est aujourd’hui en Chine le rôle de la Commission de supervision et d’administration des actifs de l’Etat, ou de ses instances locales. En France la droite a créé une institution du même type (l’Agence des participations de l’Etat), mais celle-ci calque ses critères d’évaluation sur celui des entreprises cotées en Bourse, ce qui est en général le préalable à une privatisation.

[9] Le socialisme est (a) venir, tome 2, Les possibles, Editions Syllepse, Paris, 2004.

[10] Mais pas une autogestion complète, d'abord parce qu'elle ne peut pas aller bien loin, dès lors que l'autofinancement ne suffit plus, ensuite parce qu'elle se priverait de toutes les ressources de la coopération, enfin parce qu'elle générerait de nouvelles inégalités, dans la mesure où, comme dans le capitalisme, elle reposerait sur une accumulation privée.

 [11] Le socialisme est (a) venir, tome 2, Les possibles, Editions Syllepse, 2004.

 

(Conférence préparée pour l'Académie des sciences sociales de Shangaî en octobre 2005, reprise dans mon livre Dix essais sur le socialisme du 21° siècle, Le Temps des cerises, 2011. Depuis lors la grande crise de 2007-2008 est venue confirmer l'analyse, en attendant la prochaine...