La privatisation des
compagnies ferroviaires a encore frappé
On
se souvient peut-être des catastrophes ferroviaires en Grande Bretagne qui ont
suivi la privatisation de British Rail. Les dernières nouvelles de la
privatisation nous viennent d’Allemagne. Sur plusieurs trains à grande vitesse
de la Deutsche Bahn les systèmes de climatisation sont tombés en panne le
week-end dernier. Un groupe d’élèves tombés en syncope a dû être transporté
d’urgence dans un hôpital, d’autres personnes ont dû être évacuées. Que
s’est-il passé ? La presse allemande a révélé que les systèmes étaient conçus
pour une température extérieure maximale de 32° (alors que la norme européenne
avait fixé la limite de 35°, ce qui est déjà insuffisant en cas de forte
canicule). Voilà qui permettait de faire des économies, donc de réduire les
coûts, en vue de l’introduction en Bourse de la Compagnie. Mais il y eut bien
d’autres incidents sur des réseaux exploités par la même Compagnie, la première
en Europe pour le transport ferroviaire.
On
voit une fois de plus que la privatisation, même partielle, d’un tel service
public est une aberration, dénoncée depuis longtemps dans de très nombreux
écrits. En introduisant une norme de rentabilité financière là où elle n’a pas
lieu d’être, on aboutit à ce que les obligations censées être imposées au privé
ne sont pas respectées ou sont contournées. Traitant du sujet dans divers
articles ou contributions, j’ai mis l’accent là-dessus. Et j’ai répondu à
l’argument des privatiseurs sur la nécessité d’élargir le marché dans le cadre
de la concurrence intra-européenne et sur les soi-disant bienfaits de la
concurrence : d’une part il est parfaitement possible de maintenir le
statut de l’entreprise publique à travers des accords de coopération, voire la
constitution de co-entreprises entre plusieurs Etats, d’autre part, dans le cas
du transport ferroviaire, la concurrence sur le même réseau est contraire à
l’unité et à la sécurité du service public. L’abaissement des prix n’est
effectif que dans les cas où la compagnie d’Etat était fort mal gérée (ce qui
était le cas des chemins de fer italiens).
Voilà
donc ce qui nous attend, si des trains de la Deutsche Bahn se mettent à rouler
sur le réseau français. Il faudra voir aussi ce que la SNCF est allée faire en
prenant des participations dans une société privée italienne :
respectera-t-elle les mêmes obligations que sur le réseau français ?
Quelques éléments d’interprétation
de la crise des économies capitalistes développées.
(cet
article de 1999 me paraît, à la relecture, toujours valable aujourd’hui. La
crise actuelle du capitalisme s’est inscrite sur le fondde
cette tendance longue)
La
récession que connaissent les économies développées depuis près d’un quart de
siècle - et qui contraste avec la forte croissance qui s’observe ou s’est
observée dans les pays dits émergents - ne trouve aucune explication
satisfaisante dans la théorie économique dominante. La mise en oeuvre de
politiques d’inspiration néo-libérale devait, en rétablissant les profits,
favoriser l’investissement et la productivité, et donc assurer le retour de la
croissance et du plein emploi. Or les taux de croissance demeurent de plus de
moitié inférieurs à ceux des ‘Trente glorieuses’, la progression de la
productivité globale est presque divisée par quatre, alors même que les profits
ont retrouvé à peu près leur niveau d’avant la crise. Quant au chômage de
masse, malgré la stagnation, voire la baisse du prix du travail, il ne se
résorbe pas, ou ne le fait que faiblement.La théorie libérale ne sait comment répondre à ce démenti du réel. Les
keynésiens ou post-keynésiens se trouvent également désarmés, ne trouvant guère
d’explication nouvelle que dans la mondialisation et ne sachant comment
interpréter la baisse des progrès de la productivité, alors que le taux
d’investissement n’a pas diminué dans les mêmes proportions. De ce fait l’heure
est peut-être venue de se réapproprier les outils d’analyse marxiens, si
décriés ou négligés depuis le début de la crise. C’est ce que je voudrais
tenter, même sommairement, à la suite de quelques écrits récents[1]
A relire
les pages de Marx sur la baisse tendancielle du taux de profit et sur les
causes qui la contrecarrent, elles apparaissent d’une actualité saisissante.
Ecartons tout-de-suite de fausses interprétations. Cette loi ne signifie
aucunement que la baisse du taux de profit se poursuit régulièrement et
inexorablement en raison de l’accumulation du capital constant, qui
entrainerait une élévation de la composition organique du capital (du poids des
dépenses en capital par rapport aux dépenses en travail)[2].
C’est Marx lui-même qui le dit: « La loi n’agit que sous forme de tendance
dont l’effet n’apparaît de manière frappante que dans des circonstances
déterminées et sur de longues périodes de temps »[3].Il ne
fait aucun doute, et déjà pour lui, que la part salariale dans la valeur
ajoutée (le capital variable) dépend de la lutte des classes, qui dépend
elle-même d’un grand nombre de facteurs. D’une manière générale cette loi est
inséparable des «causes qui la contrecarrent ». Mais le terme de cause
prête à confusion. Alors que la loi elle-même est un résultat involontaire de
l’action des agents, un exemple remarquable d’effet pervers (puisque chaque
capitaliste fait au contraire tout ce qu’il peut pour accroître son taux de
profit), et par suite ressemble à la loi de la valeur, qui agit comme une loi
« naturelle », les causes sont bien souvent délibérées, et devraient
alors plutôt être appelées des moyens ou des instruments. Ces remarques étant
faites, il apparaît que la tendance se vérifie sur de longues périodes de temps
et semble s’infirmer sur d’autres (comme Duménil et Lévy le montrent par
exemple sur un siècle d’économie américaine[4]), ce
qu’il faut évidemment expliquer. Pour la période récente on observe que la
baisse du taux de profit, qui a commencé dans les principaux pays quelques
années avant la crise (vers 1968-69), s’est accélérée au début des années 70
(le taux de « rentabilité »passant de près de 17% à 12%) pour ne
s’inverser qu’au début des années 80[5]. Or
c’est précisément pendant ces années 80 qu’un certain nombre de mouvements
spontanés de l’économie et les politiques libérales ontenclenché et développé ces
« causes », dont parle Marx, qui contrecarrent la loi. Je vais suivre
ici l’exposé de ces causes que l’on trouve dans le livre III du Capital,
avant d’en rajouter quelques unes. Puis je reviendrai sur les causes de la
baisse elle-même.
Marx
évoque d’abord un accroissement du degré d’exploitation du travail par
augmentation de la plus-value absolue et de la plus-value relative[6].
Voyons cela de plus près.
Qu’en
est-il de la ‘prolongation de la journée de travail’? Certes le temps de
travail a continué à baisser dans plusieurs pays après le début de la crise,
mais les statistiques ignorent la réalité des dépassements d’horaires, des
heures supplémentaires non payées, en ce qui concerne en tous cas certains
employés et surtout les cadres[7].
L’intensité du travail, elle, a recommencé à augmenter, lentement mais sûrement
(des études fines de l’INSEE le confirment pour le cas français sous tous les
paramètres).
Mais
l’une des causes les plus importantes qui contrecarrent la baisse du taux de
profit est, dit Marx, « la réduction du salaire au-dessous de la valeur de
la force de travail ». On sait que cette expression soulève bien des
difficultés, puisque cette valeur varie historiquement, comme Marx le reconnaît
lui-même. On en retiendra seulement l’idée d’une paupérisation relative. Or le
fait est là, massif : la part des salaires dans la valeur ajoutée nationale a
baissé dans des proportions très importantes. Si, en France, elle a continué à
s’élever entre 1977 et 1982 (passant de 64 à 68,7%), elle a ensuite fortement
chuté pour tomber aujourd’hui en dessous de 60%. C’est le résultat de ce qu’on
a appelé les pratiques et les politiques d’austérité salariale, qui se sont
traduites par une faible progression des salaires nominaux et des salaires
réels, cependant que la part des profits augmentait dans une proportion presque
inverse. L’accroissement du taux de plus-value (relative) est ici on ne peut
plus manifeste.
Marx
met en évidence ensuite une troisième cause qui contrecarre la loi : la baisse
de valeur des éléments du capital constant,et tout d’abord du capital fixe, due à la fois à son usure physique et
morale (son obsolescence) et aux progrès de la productivité dans le secteur des
biens d’équipement, qui réduisent le coût de ces derniers. Mais le capital
constant (les moyens de production) ne consiste pas qu’en immobilisations : il
y a aussi tout le capital circulant sous forme de stocks et d’en cours, dont
les progrès de la productivité ont également fait baisser la valeur. Cette
dévalorisation, en limitant la part du capital constant dans la valeur
produite, permet au taux de profit de se maintenir, et c’est certainement une
des raisons qui expliquent le niveau élevé de ce taux pendant les « Trente
glorieuses ». Or ce qu’il faut relever ici est que cette cause a moins
joué son rôle de ralentisseur de la baisse du taux de profit dans la période
suivante, puisque les progrès de la productivité se sont fortement réduits, ce
qui explique sans doute en partie la hausse plus rapide du capital par tête -
un autre aspect de ce phénomène étant que la substitution capital/travail est
depuis toujours un moyen de contrer ou de casser la combativité des salariés.
Dès lors un des moyens de contrecarrer cette moindre dévalorisation d’un stock
de capital croissant était de réaliser de plus fortes « économies dans
l’emploi du capital constant ». Le chapitre de Marx qui porte ce titre est
parfaitement illustré par les méthodes actuelles de production à flux tendu et
de qualité totale : on retrouve là un puissant arsenal de moyens pour
contrecarrer la baisse du taux de profit, dont on sait qu’il a aussi des effets
très marqués sur l’intensité du travail.
Une
quatrième cause qui contrecarre la baisse du taux de profit, explique Marx
d’une manière à première vue surprenante, est la « surpopulation
relative » (c’est-à-dire le développement d’un chômage structurel). Dans
son principe elle traduit simplement le fait que des machines remplacent des
hommes et donc que du capital constant se substitue à du capital variable, ce
qui devrait faire baisser, avec la quantité de travail ajouté, le taux général
de profit. Mais ce mouvement est inégal. L’analyse marxienne est ici d’une
frappante actualité. « Il existe d’abord, dit-il, une masse de salariés
disponibles ou libérés qu’on peut acquérir à vil prix ». Il peut être
rentable alors d’employer ces travailleurs bon marché plutôt que de leur
substituer des équipements coûteux. C’est bien d’ailleurs ce que disent les
économistes et les dirigeants libéraux - à ceci près que les premiers ne voient
pas pourquoi il y a inévitablement, à partir du moment où la durée du travail
tend à être maintenue, une armée industrielle de réserve. Il y a aussi, dit
Marx, « maints secteurs de production qui, de par leur nature, opposent
une plus grande résistance que d’autres à la transformation du travail manuel
en travail mécanique ». On pensera ici évidemment au vaste secteur des
services, et notamment des services aux personnes, où les progrès de la
productivité sont malaisés. Puisque ces services sont souvent à basse
composition organique du capital, qu’ils emploient proportionnellement plus de
travail vivant que les autres, voilà un facteur qui a contrecarré et continue à
contrecarrer la baisse du taux général de profit. Enfin Marx avance une
troisième explication: « Il se crée de nouvelles branches de consommation
destinées aux produits de luxe, qui prennent précisément pour base cette
surpopulation en nombre relatif ». On pensera ici en particulier à tous
ces emplois de « serviteur », du livreur de pizza au promeneur de
chiens, dont le capitalisme s’est emparé et qui viennent conforter les
statistiques des créations d’emplois. Mais toute une petite production de luxe
s’est également développée pour répondre aux besoins issus de l’augmentation
des revenus de la propriété et du capital, production où la part du capital
constant est également faible. Ainsi existe-t-il toute une série de
contre-tendances qui, limitant le chômage etpoussant, à travers lui, les salaires à la baisse, s’opposent à la
baisse du taux de profit.
Marx
examine ensuite une cinquième catégorie de facteurs qui peuvent jouer contre
cette baissse et qui ont trait au « commerce extérieur ». Son analyse
est particulièrement intéressante pour l’époque actuelle, marquée par ce qu’on
appelle la mondialisation des échanges et de la production.
Dans la
mesure où le commerce extérieur fait baisser le prix des biens de production et
des biens de consommation (qui entrent dans le «panier » des salariés), il
joue dans le sens de la hausse du taux de profit enréduisant la valeur du capital constant et en
élevant le taux de la plus-value relative[8].
Cette idée ne surprendra personne, puisque c’est là une des principales
justifications du libre-échange. Ce que Marx aurait pu ajouter, c’est que le
commerce international pousse les salaires à la baisse dans les pays
développés. Alors que, pendant « l’âge d’or », les économies de ces
pays restaient principalement autocentrées, travaillant surtout pour le marché
intérieur et ne se concurrençant guère dans le domaine des exportations, du
faitque chaque pays était plus ou moins
spécialisé dans une ou quelques branches ou créneaux, la globalisation incite
les pays concurrents à aligner leurs salaires (dont leurs charges sociales) sur
les autres et finalement sur ceux où le degré d’exploitation est le plus élevé.
Voilà une fameuse cause qui contrecarre la baisse du taux de profit, et l’on
sait à quel point elle a contribué à casser la dynamique keynésienne, qui au
contraire poussait les salaires à la hausse (dans ce qu’on a pu appeler le
cercle vertueux du fordisme).
Marx
invoque ensuite, dans cette rubrique, la péréquation internationale des taux de
profit, qui permet aux pays avancés de vendre au-dessus de leur valeur
nationale (mais aux prix mondiaux) leurs marchandises et d’empocher ainsi une
sorte de surprofit (puisque leur productivité plus élevée leur permet de
produire à un coût inférieur à celui des autres pays). Or qu’en est-il
aujourd’hui?
L’ouverture
des marchés fait que le mouvement de libre-échange généralisé anticipé par Marx
a pris une ampleur nouvelle, si bien que la péréquation internationale des taux
de profit, qui était inhibée par le caractère autocentré des économies et les
particularités nationales (en matière de fiscalité, de barrières tarifaires
etc.) est en train de devenir peu à peu une réalité. Même chose en ce qui
concerne l’exportation de capitaux, qui concernait surtout à l’époque de Marx
les colonies et au sujet de laquelle il remarquait que les profits plus élevés
obtenus dans les colonies devaient entrer dans le système de péréquation du
taux de profit général. Cette exportation, on le sait, est devenue la règle
pour les firmes multinationales et pour les firmes transnationales (ce capital
nomade dont parle Pierre-Noël Giraud[9]) en
sorte que les profits réalisés à l’étranger jouent sur le taux de profit
général du pays d’origine. Tout irait-il donc pour le mieux dans le meilleur
des mondes libéral, tout jouerait-il donc en faveur du taux de profit? Et
l’analyse de Marx se trouverait-elle confirmée?
En
réalité ces causes qui contrecarrent la baisse du taux de profit sont
elles-mêmes contrecarrées par d’autres. D’abord, dans la mesure où la
concurrence devientglobale et ne se
fait plus seulement interbranches mais intrabranches, l’avantage comparatif en
matière de productivité des pays développés tend à diminuer. On le voit bien
avec les pays émergents, qui, en rattrapant leur retard en ce qui concerne la
technologie et la formation de la main d’oeuvre, sont à même de réaliser des
profits équivalents, et souvent supérieurs grâce au faible niveau de leurs
salaires. En second lieu, comme la compétition se joue désormais surtout sur
les prix, les grandes firmes ont tendance, pour réduire leurs frais de
main-d’oeuvre, à réduire massivement leurs effectifs, d’autant plus qu’elles y
sont quasiment sommées par les marchés financiers, à accélérer donc la
substitution capital/travail et à tabler sur la « productivité » du
capital plus que sur celle du travail. Voilà qui explique en grande partie, à
mon avis, pourquoi, globalement, les taux de profit restent inférieurs à ceux
de l’époque keynésienne, alors même que le partage de la valeur ajoutée a joué
largement en faveur des capitalistes.
Marx
évoque enfin, dans le même texte, une dernière cause qui contrecarre la baisse
du taux de profit : l’augmentation du capital par actions. Il considère en
effet les actionnaires comme des capitalistes porteurs d’intérêts. Et il semble
dire que le développement de ce capital productif d’intérêt modère la baisse du
taux de profit des capitalistes industriels, puisqu’il se contente d’une
rémunération inférieure qui n’entre pas dans le système de la péréquation.
L’idée peut nous paraître surprenante étant donné que les actionnaires sont
considérés aujourd’hui non comme des prêteurs, mais comme des capitalistes « industriels »
et que letaux de profit est rapporté
aux capitaux propres, qui sont le plus souvent des capitaux par actions (c’est
ce qu’on appelle la « rentabilité financière »). Mais, dans la mesure
où elle invite à dépasser la forme profit, elle nous met sur la piste de ce que
je crois être l’une des plus importantes causes (ou plutôt moyens)qui permettent de contrecarrer la baisse du
taux de profit. Je veux dire la baisse du salaire des cadres. En effet la
plus-value prend en partie la forme de sur-salaires (ce qu’il me serait un peu
trop long d’expliquer ici). Baissez la part de ces sur-salaires, et vous
accroîtrez les profits, cette autre forme de la plus-value. Certes je
n’introduis pas ici un élément nouveau, puisqu’il est inclus dans la baisse de
la part relative des salaires dans la valeur ajoutée. Mais il permet de mettre
l’accent sur un phénomène nouveau.
Pendant
toute la période keynésienne les cadres - je dirais plus volontiers la classe
intermédiaire du capitalisme ou petite bourgeoisie capitaliste - ont bénéficié
de sur-salaires plus ou moins considérables, et les profits s’en trouvaient
diminués d’autant. Une bonne manière de les restaurer est, depuis quelques
années, de licencier des cadres jusque là protégés, en particulier parce qu’ils
étaient les chargés de mission du management participatif, ou de réduire la
progression de leurs salaires, voire leurs salaires eux-mêmes. Il n’est pas
rare aujourd’hui de voir de grandes firmes licencier des cadres expérimentés,
auxquels elles devaient en partie leurs profits, pour réembaucher d’autres
cadres chômeurs de longue durée à moitié prix. C’est une des raisons de ce
qu’observent les sociologues : le déclin de la classe moyenne, pour parler
comme Rifkin[10].
Mais il
importe de faire une distinction parmi ces cadres, car une petite élite de
dirigeants salariés et de cadres high tech voient au contraire leurs salaires
progresser, parfois de manière faramineuse, et même émarger sur les profits,
via les stock options. C’est ici que l’analyse de Marx montre à la fois ses
limites et sa pertinence. Il distinguaitl’intérêt et le profit d’entreprise, et voyait le capitaliste actif
comme le porteur de ces deux fractions de la plus-value. Il pensait que les
dirigeants salariés, eux, verraient leurs salaires s’établir au simple niveau
de leur qualification par suite de leur concurrence sur le marché du travail.
En réalité c’est l’élite salariée qui a joué le rôle du capitaliste actif, qui
a fourni les ministres et le haut personnel du gouvernement privé des
entreprises. Et c’est elle aujourd’hui qui reçoit une fraction croissante de la
plus-value, sous le regard et le contrôle il est vraide ces nouveaux actionnaires que sont, dans
les grandes firmes, les gros investisseurs financiers et surtout les fonds de
pension. Mais leur impressionnant prélèvement sur la plus-value est assez peu
de chose comparativement à la baisse de la valeur de la force de travail de la
plus grande partie de la classe moyenne.
Je
crois avoir montré la pertinence de l’analyse marxienne pour une interprétation
de quelques aspects évidents de la crise sociale. Tous ces phénomènes font
système et jouent, quoique parfois avec des aspects contradictoires, dans le
même sens : enrayer une baisse du taux de profit qui, pour s’être interrompue
pendant environ un demi-siècle (des années 30 aux années 70) a repris de plus
belle ensuite avant de se voir freinée. Reste à expliquer la raison de cette
reprise d’une tendance qui avait déjà préoccupé les économistes classiques. Si
les « causes » qui contrecarrent la loi l’ont emporté sur celle-ci
pendant la période keynésienne, pourquoi n’y sont-elles pas parvenues aussi
bien par la suite et restent-elles encore aujourd’hui impuissantes à rétablir
un niveau aussi élevé des profits (ce qui a forcément des répercussions sur la
croissance - sachant que les deux choses sont liées de manière complexe en
économie capitaliste). La question est trop vaste pour que je puisse la
développer complètement ici. Aussi irai-je à l’essentiel, en m’appuyant sur les
analyses précédentes.
Mais
revenons d’abord sur les principales raisons qui ont assuré, contre la loi de
la baisse tendancielle du taux de profit, la remontée de celui-ci pendant la
période keynésienne.
On ne
peut invoquer un accroissement de la plus-value absolue, ni de la plus-value
relative (en dépit de l’intensification), ce d’autant plus que le chômage de
masse ne pesait pas encore sur les salaires.
Le
niveau élevé de la productivité du travail aurait dû être synonyme d’un
accroissement relatif du capital constant, le même travail pouvant mettre en
mouvement plus de capital. Cela aurait poussé le taux de profit à la baisse si,
comme je l’ai expliqué précédemment, cette productivité élevée n’avait entraîné
aussi une baisse de valeur des éléments du capital constant. Nous trouvons là
une raison forte qui a contrecarré la tendance générale.
De même
le commerce international à plutôt joué, à l’époque, à travers la péréquation,
quoique très imparfaite, des taux de profit et le drainage de profits vers les
pays développés, dans le sens des contre-tendances à la baisse du taux de
profit. Mais il faut invoquer maintenant une autre raison.
Pendant
l’âge d’or la production s’est déplacée massivement vers le tertiaire, vers les
services. Or, dans ces secteurs peu gagnés encore par le progrès technique, la
production était très travaillistique, la composition organique[11] du
capital faible. Ainsi s’expliquerait d’une autre façon, par suite de
l’égalisation des taux de profit entre les secteurs, le niveau élevé du taux
général de profit. On sait que le tertiaire a aussi servi de terre d’accueil
pour la main d’oeuvre libérée par le progrès technique dans l’industrie, tout
comme l’industrie avait servi de deversoir pour la population libérée par la
révolution agricole.
A
partir de là se dessinent quelques éléments d’interprétation pour expliquer la
crise économique, ou plutôt, comme l’on dit aujourd’hui, la récession qui
affecte les pays développés, éléments qui me font penser qu’il n’y aura pas de
sortie de crise, pas de retour d’un cycle de forte croissance.
Une
première explication du « retour » de la baisse du taux de profit est
à mon sens à chercher du côté des forces productives. Le fort ralentissement
des gains de productivité ne peut qu’intriguer. Ce n’est pas, selon moi, le
rythme de l’innovation qui est à mettre en cause, mais le fait que le
taylorisme avait atteint ses limites, à la fois techniquement et au regard des
motivations des agents, et que le progrès technologique a fait perdre beaucoup
de leur intérêt aux économies d’échelle. La croissance de la productivité du
travail(au sens habituel et non marxien
du terme[12]) ne peut plus dès lors
être ce qu’elle était. De la même façon le fordisme, en tant que production et
consommation de masse, s’est trouvé dépassé par les exigences d’une production
flexible devant répondre à une demande différenciée. Du coup la production est
devenue beaucoup plus coûteuse en capital, ce qui expliquerait pour une part la
baisse de l’efficience du capital.
Les
gains de productivité sont, à mon avis, condamnés à demeure modérés, malgré
l’ampleur de la révolution informationnelle. Le système capitaliste n’a pas
réellement inventé de modèle post-taylorien et les innovations en matière
d’organisation du travail et de gestion des ressources humaines ont pour la
plupart fait long feu. Seule une transformation profonde des rapports sociaux,
reposant sur une démocratisation des entreprises, pourrait relancer la
productivité. Mais elle est antinomique avec le système de propriété et de
gestion capitaliste, surtout dans les formes qu’il a prises à l’époque
actuelle. Il est dès lors improbable que se produisent des baisses de valeur du
capital constant susceptibles d’enrayer complètement la baisse du taux de
profit.
Le
tertiaire lui-même, en se mécanisant, en s’informatisant et en se taylorisant,
voit la composition organique de ses capitaux s’élever, ce qui joue dans le
sens de la tendance à la baisse du taux de profit.
Par
ailleurs le changement dans la norme de consommation, qui voit la demande se
déplacer vers les services, est à mon avis très profond et durable dans les
pays développés. Car les biens durables qui ont fait la base de la croissance
des trente glorieuses n’étaient pas à proprement parler des biens de
consommation, mais des biens qui économisaient du temps de travail domestique
et du temps de transport, libérant ainsi du temps libre. A partir du moment où
les ménages se trouvent largement équipés en ces biens, la demande
nécessairement en sera plus faible, malgré tous les efforts de relance d’une
surconsommation, efforts du reste très coûteux. Cette demande peut continuer à
se déplacer vers les services et la production de luxe, mais le mouvement vers
l’alourdissement de la composition organique du capitalse poursuivra dans ce secteur, quoique à un
rythme plus modéré que dans l’industrie et de manière inégale (on remplace plus
facilement par un ordinateur un employé de bureau qu’un enseignant ou une
infirmière). Troisième raison donc qui joue dans le sens de la baisse du taux
de profit.
Dans
ces conditions une solution pour sauver les taux de profit était de tirer parti
du commerce international et de poursuivre l’accumulation à l’échelle mondiale
pour aller dans le sens d’une péréquation internationale des taux de profit.
J’ai expliqué pourquoi, précédemment, à la suite de Marx. Mais j’ai dit aussi
combien la concurrence mondialisée poussait les entreprises des pays développés
à la substitution capital/travail et donc tendait inversement à faire baisser
le taux de profit.
En
définitive on voit que plusieurs facteurs extrêmement puissants jouaient dans
le sens de la baisse de ce taux. Dès lors l’ensemble des pratiques et des
politiques marquées du sceau de la régression sociale apparaissent sous une
lumière crue : ce sont autant de tentatives, plus ou moins délibérées, plus ou
moins bien intentionnées ou cyniques, ou simplement découvertes puis
réinterprétées dans le langage de l’économie dominante, pour sauver le
capitalisme du naufrage des taux de profit, sans que la croissance en profite
nécessairement (du fait du détournement d’une partie des profits vers d’autres
destinations que l’investissement)[13]. Au
risque de tomber dans le catastrophisme, je pense que la crise économique et
son corollaire, la crise sociale, ont toutes chances de s’aggraver. Il est donc
temps de commencer à penser à des alternatives au capitalisme lui-même.
Tony ANDREANI
[1]
Notamment ceux de Gérard Duménil et Dominique Lévy et ceux de Michel Husson
[2] Dans la
théorie marxienne seul le travail vivant, celui qui correspond à la valeur
ajoutée, est producteur de valeur, donc de plus-value (source du profit
d’entreprise, de l’intérêt et de la rente foncière). S’il diminue relativement
au travail mort, qui correspond à la valeur ancienne, le taux de profit
(rapport du profit à l’ensemble de la valeur dépensée pour les moyens de
production et pour les salaires) doit nécessairement diminuer. Ce taux de
profit est à distinguer du taux de plus-value (rapport du profit aux salaires).
Tout ceci ne se vérifie qu’à l’échelle macro-économique.
[3]Le Capital, Livre III, t. 1, p. 251,
Editions sociales, 1969.
[4]Gérard Duménil et Dominique Lévy, La
dynamique du capital, Un siècle d’économie américaine, PUF, 1996.
[5]Cf Michel Husson, Misère du capital,
Syros, 1996, p. 28. Le taux de profit peut être calculé de plusieurs façons,
selon que l’on tient compte ou non de l’amortissement du capital, de l’impôt
sur les bénéfices etc. Les chiffres ci-dessus se réfèrent à des séries de
l’OCDE concernantle « taux de
rentabilité ». Ce qui nous importe ici, c’est la tendance : les courbes
sont tout à fait comparables, quel que soit le mode de calcul.
[6] Pour
mémoire : la plus-value est la quantité de valeur correspondant au travail non
payé, ou surtravail.
[7] Aux
Etats-Unisla durée hebdomadaire du
travail est passée, entre 1979 et 1995, de 40,8h à 41,6h et la durée annuelle a
augmenté de 1884h à 1953h.
[8]
C’est-à-dire en réduisant la part des salaires dans la valeur ajoutée.
[9]
Pierre-Noël Giraud, L’inégalité du monde, Economie du monde
contemporain,Gallimard Folio, 1996.
[10]
Jeremy Rifkin, La fin du travail, ed. française La découverte, 1996.
[11] Marx
appelle composition organique du capital le rapport capital constant sur
capital variable.
[12] Marx
distingue la productivité du travail de l’intensité du travail, alors que la
notion commune mêle les deux.
[13] De
fait après 1980 le taux de profit progresse alors que le taux de croissance se
maintient, à travers des fluctuations, à un bas niveau.
J’avais
évoqué, dans une précédente brève, la méthode imaginée pour ramener les pays
indisciplinés dans les clous des critères de Maastrich : le blâme public,
à destination des agences de notation pour qu’elles rabaissent la note des
Etats, et ainsi les contraignent à payer plus cher leurs emprunts. Mais cette
forme de délation apparemment ne suffit pas. La Commission propose d’imposer
des remèdes dans les domaines des salaires, du marché du travail (assouplir
bien sûr ses régles), du marché des biens et des services, mais naturellement
pas dans celui du marché du capital. Et ces règles seront assorties de
sanctions, telles que la suppression des aideseuropéennes, en particulier agricoles. Il s’agit donc d’en remettre une
couche en matière de politiques néo-libérales, en suivant l’exemple allemand.
Décidément
ces eurocrates sont incorrigibles : alors que le Vieux Continent glisse
dans la dépression, on ne change rien à une équipe qui perd. Alors que la
solidarité européenne a atteint son niveau le plus bas, on ne veut rien faire
d’autre que de punir les cancres de la classe.
Je
pense que la lucidité impose de rompre au plus tôt avec cette Europe-là. S’il
est difficile de quitter la classe, au risque de se trouve déqualifié, le
moment est sans doute venu de la désobéissance. J’y reviendrai dans une brève
beaucoup plus longue.
Dans
une précédente brève j’expliquais en quoi le plan de sauvetage des pays de la
zone euro en difficulté était tout sauf une manifestation de solidarité. Mais,
depuis, un nouveau seuil a été franchi dans la maltraitance de ces pays. Il
s’agit de les contraindre à rentrer dans les clous des critères de Maastrich,
censés fournir la preuve de leur bonne « gouvernance », en dénonçant
publiquement ceux qui ne s’y conformeraient pas dans les délais convenus.
Voici
les raisons invoquées : certains pays sont vertueux, d’autres laxistes, et
il revient aux premiers de ramener les seconds dans le droit chemin. L’Allemagne
est le pays vertueux par excellence : elle a bloqué le niveau de ses
salaires, réduit ses prestations sociales, maintenu son taux d’inflation au
plus bas, et cela lui vaut la meilleure note de la part des agences de
notation, et par conséquent le taux d’intérêt le plus bas pour ses obligations
d’Etat (elle profite même en ce moment de la crise en Europe, les investisseurs
se ruant sur ses obligations en vendant celles des pays du Sud, ce qui fait
encore baisser le taux des siennes). Elle exige donc que les autres pays
fassent de même. Et ceci au nom de l’argument suivant : les Allemands en
« ont assez de payer pour les autres ».
Il
est curieux que cet argument soit accepté pour argent comptant, car en quoi
l’Allemagne a-t-elle payé pour les autres ? Est-ce en contribuant au
budget communautaire ? Elle est sans doute contributeur net (elle donne un
peu plus qu’elle ne reçoit de ce budget), mais sa contribution ne représente,
comme celle des autres pays, qu’à peine 1% de son PIB. Est-ce en faisant
bénéficier le reste de la zone euro des bas taux d’intérêt demandés par la
BCE (ce qui a permis aux autres pays de bénéficier de ces taux d’intérêt,
moins élevés que s’ils n’étaient pas partie prenante de la BCE)? Mais ces taux
d’intérêt ont d’abord bénéficié à son économie et à ses exportations (cf ma
brève sur l’Allemagne). Est-ce en se résolvant finalement à abonder le Fonds de
stabilisation ? Elle a pris bien garde de refuser un emprunt uniforme (une
euro-obligation) des pays y souscrivant : elle empruntera à ses conditions
propres. C’est pourtant en vertu de cet argument du bon samaritain que
l’Allemagne, et la France à sa suite, entendent faire plier les autres pays en
les sommant (à la manière du FMI) de s’imposer des cures d’austérité plus
drastiques que la leur. Et voici comment : les mauvais élèves, ceux qui ne
feront pas correctement leurs devoirs, se verront infliger des blâmes. Ces
blâmes seront à destination des agences de notation (hier accusées de tous les
péchés), qui dégraderont leur note, si bien qu’ils ne pourront financer leur
dette publique qu’à des taux plus élevés. La peur de cette sanction financière
fera le reste (à noter ici que la majorité au Parlement européen a refusé
l’idée d’une agence publique européenne, comme quoi les mentors n’ont même pas
le courage de leurs actes). C’est ainsi qu’on a franchi le mur de
l’ignominie : en dénonçant aux marchés (c’est-à-dire, pour une large part,
aux investisseurs…européens) les coupables.
Je
reviendrai sur les vices de structure de la construction européenne, tels que
la crise actuelle les met en évidence (mais nous les avions dénoncés depuis
longtemps). Pour aller au plus court, disons que, dans un Etat unitaire ou
fédéral, l’Etat vient compenser les déséquilibres entre ses régions à l’aide
d’un budget de grande envergure. Mais un véritable Etat fédéral est impensable
dans une Europe où il n’y a pas une mais des nations, avec des langues, des
traditions, des institutions foncièrement différentes d’un pays à l’autre. Lors
de la lutte contre le Traité constitutionnel européen beaucoup d’opposants
avaient proposé les bases d’un Traité radicalement différent, conciliant, selon
des procédures démocratiques, la souveraineté des nations avec une dose de
supranationalité utile, mais circonscrite. Les bourgeoisies néo-libérales n’ont
point voulu en entendre parler. Il n’a été vaguement question que d’un
« gouvernement économique », lui-même entendu de manières
divergentes, et qui s’est réduit finalement à un maquignonnage entre exécutifs,
derrière le dos des Parlements nationaux, avec la complicité de la Commission
(dont il faut rappeler qu’elle est une émanation des gouvernements et qu’elle
ne décide rien, sauf en matière de concurrence). Ce « gouvernement
économique » s’est ramené, dans les faits, à cette surveillance mutuelle
que les droites des pays dominants de la zone euro veulent mettre en place
aujourd’hui pour punir les Etats qui ne se plient pas à la doctrine
néo-libérale (dans sa version allemande en particulier). Le terme du reste n’a
aucun sens, car qu’est-ce qu’un gouvernement sans ressources propres ? En
réalité on pourrait, en l’état actuel des choses, prendre un certain nombre de
dispositions pour alléger la crise de la zone euro, dont bon nombre
d’économistes pensent qu’elle va déboucher, à terme, sur son éclatement.
On
peut très bien admettre que les Etats se coordonnent, à partir du moment où ils
ont la même monnaie. Mais se coordonner ne veut pas dire s’aligner sur les
seuls critères financiers du déficit et de la dette publique, quand les Etats
ne sont pas au même niveau de développement, n’ont pas les mêmes ressorts de
compétitivité, ne sont pas au même moment du cycle économique. Autrement dit il
est inacceptable de remettre en cause, au nom de ces critères, leur
souveraineté budgétaire – qui est l’essence même du pouvoir étatique- alors qu’ils ont déjà perdu leur
souveraineté monétaire et leur politique de change. C’est ce que la gauche en
France, pour une fois d’accord, refuse absolument - avec une partie de la
droite. En revanche il serait possible de renforcer le budget communautaire,
soit par des contributions accrues des Etats, soit par un impôt européen (et
non avec les petites ressources indirectes prônées par la Commission). Avec ce
budget on pourrait augmenter les fonds structurels qui ont permis dans le passé
et permettraient à présent de soutenir les Etats en manque de compétitivité. Ce
qui pourrait, cette fois, se faire sous conditions, puisqu’il s’agirait
vraiment d’aides et non de sanctions. Deuxièmement il serait possible de créer
un emprunt européen pour soutenir des projets européens auxquels tous les Etats
prendraient part. Troisièmement on pourrait, de manière concertée, laisser
filer l’inflation, ce allégerait le coût des dettes publiques et réduirait les
écarts de compétitivité entre les pays de la zone euro. Bref des politiques
européennes pourraient, après validation par les Parlements nationaux,
compenser les déséquilibres qui menacent la zone euro d’éclatement. Et ceci
sans remettre en cause la souveraineté budgétaire des Etats. Ce ne serait pas
la solution à la question européenne, mais cela permettrait sans doute de
franchir le mauvais pas.
Or
il est à peu près certain que rien de tout cela, qui représenterait une forme
de solidarité bien pesée,ne sera fait.
L’Allemagne a prévenu : on ne fera jouer que la sanction pour déficits
excessifs, malgré les risques de récession que la réduction des dépenses
publiques fera peser. Elle a même envisagé des sanctions plus sévères :
les pays qui n’obéissent pas à ce qu’on attend d’eux pourront être exclus du
bénéfice du fonds de stabilisation, être privés du droit de vote, voire être
exclus de la zone euro (et, pour cela, on n’hésitera pas à engager une
modification du sacro-saint Traité de Lisbonne). En attendant elle a fortement
invité les autres pays à inscrire dans leur Constitution les règles qui sont
les siennes en matière de déficits. Derrière tout cela il y a une volonté à
peine dissimulée : ramener l’Etat social et la protection sociale à sa
plus simple expression.
Dès
lors, si l’on veut éviter des suicides nationaux, et même, à plus long terme,
un suicide collectif (dans ce jeu non-coopératif tout le monde finalement sera
perdant), il faut envisager dès maintenant des sorties de la zone euro,
calmement et en ordre, et non sous la contrainte et en désordre. Mais cela ne
suffira pas : c’est tout l’édifice européen qu’il faudra bousculer. Dans
l’un des articles de ce blog, je proposais la stratégie des « coups de
boutoir », comme stratégie la plus réaliste et la moins risquée. La gauche
devrait sérieusement y réfléchir.
L’Europe sauvée des eaux glaciales de la
finance ?
Je me posais, dans
la dernière brève, la question que tout le monde se pose : le plan de
sauvetage de la zone euro a-t-il des chances de réussir ? Mais d’abord, que
veut dire « réussir » ? Empêcher certains Etats de faire
faillite (c’est-à-dire : ne plus pouvoir rembourser leurs dettes) ? Assurer
la stabilité de l’euro (c’est-à-dire maintenir une parité élevée par rapport
aux autres monnaies) ? Ou bien : rétablir les équilibres
commerciaux entre les pays de la zone (ce qui signifie, la monnaie étant
unique, et une dévaluation unilatérale étant exclue, égaliser les niveaux de
productivité et d’inflation entre les pays, ou, à défaut, effectuer des
transferts compensateurs) ? Il suffit de rappeler quelques faits pour
comprendre que seuls les deux premiers objectifs sont visés.
Petit résumé de
la grande opération de sauvetage
Le plan de 750
milliards d’euros prêtables aux Etats en difficulté se décompose ainsi :
1° 440 milliards venant des 15 pays de la zone euro (tous sauf la Grèce, trop
mal en point), chacun à proportion de sa part au capital de la BCE (de la plus
grande, celle de l’Allemagne, à la plus petite, celle de Malte) ; 2° 60
milliards venant de la Commission européenne, avec la garantie du budget
communautaire ; 3° 250 milliards venant du FMI. Ce plan est évidemment
plus massif que le plan initialement adopté de 110 milliards d’euros de prêts
destinés à la Grèce : il vise à soutenir d’autres Etats (le Portugal,
l’Espagne en premier lieu), pour qu’ils ne voient pas eux aussi le taux de
leurs emprunts auprès des marchés, déjà en hausse, s’envoler.
Comment les Etats
de la zone euro vont-ils se procurer cet argent ? En l’empruntant :
pour résoudre le problème des dettes publiques de certains Etats, tous vont
s’endetter. Question : à quel taux ? Cela dépendra de la conjoncture
au moment du lancement des tranches des emprunts (le plan pour le moment n’est
que potentiel). Actuellement, pour des pays comme l’Allemagne et la France, il
est bas. Le pari est que, comme c’est toute la zone euro qui emprunte, il
restera bas, mais rien n’est moins sûr.
On se demandera,
bien sûr, si des Etats européens tous lourdement endettés, suite à la grande
crise économique et aux dépenses publiques effectuées pour soutenir le secteur
bancaire et pour relancer l’économie (les ratios moyens qui sont prévus pour la
zone euro en 2010 sont de 6,6 % du PIB pour le déficit public et de 84, 7% pour
la dette publique), ne vont pas voir ces emprunts aggraver encore l’état de
leurs finances. La réponse est qu’ils comptent bien se voir rembourser,et avec intérêt. Je vais y revenir.
Mais, comme tout
cela risquait de ne pas « rassurer les marchés », le plan de
sauvetage comporte un second volet : la BCE va acheter aux banques qui
souhaitent les vendre les obligations des Etats qui pourraient un jour faire
défaut. Ici deux points à noter. Tout d’abord ceci s’est fait à la demande
pressante des banques européennes : il paraît que 47 d’entre elles l’ont
suppliée de les délester de ces obligations qui pourraient bien être
« pourries ». Il faut signaler que la crainte a été telle chez leurs
actionnaires et chez leurs clients qu’elles ont perdu en quelques jours des
milliards de capitalisation boursière (leurs actions ayant fortement dévissé). Horreur !
Deuxième point : la BCE a ainsi transgressé un interdit, à savoir ne
jamais acheter des obligations d’Etat (alors que la FED américaine et la Banque
d’Angleterre l’ont fait massivement). Mais la pression des gouvernements et la
crainte de voir l’euro s’effondrer ont eu raison de ses scrupules et de sa
sacro-sainte indépendance. Elle va donc monétiser la dette non des banques mais
des Etats, en faisant marcher « la planche à billets ». Mais ici
encore une remarque : la BCE ne pas acheter directement aux Etat des
obligations, lors de leur émission, mais seulement sur « le marché
secondaire » (le marché de l’occasion des titres déjà émis).
Voilà l’essentiel
de ce qu’il faut savoir pour revenir à la question initiale : ce plan
va-t-il réussir, et en quel sens ? A première vue l’effet est
positif : en quelques heures les taux d’intérêt demandés par les
investisseurs aux Etats ont fortement chuté (le taux grec aurait diminué de
moitié), l’euro est remonté, les Bourses ont rattrapé une partie de leur chute,
les banques ont regagné la capitalisation perdue. Comme on dit, les marchés,
aussi prompts à s’affoler qu’à se rassurer, ont « repris confiance ».
Le tout était de leur faire les yeux doux. Et la zone euro aurait fait preuve,
devant la gravité de la crise, reconnue enfin par l’Allemagne, d’une belle
solidarité.
Voyons les choses
de plus près.
Vous avez dit solidarité ?
Si tout se passe au
mieux, la solidarité n’aura été qu’un paravent. On va prêter à la Grèce (il y a
urgence) quelques dizaines de milliards. Je n’ai pas vu annoncer de taux,mais il sera sans doute, comme dans le plan
précédent, de 5%, alors qu’on aura emprunté à 1,5% : une bonne affaire,
une belle plus-value ! Une affaire telle qu’elle a conduit des députés
socialistes à ne voter ce plan-là qu’en émettant « des réserves » et
les députés communistes à voter contre, en parlant « d’usure ».
Interrogée là-dessus Mme Lagarde (dans un entretien au Monde du 4 mai) a
justifié ainsi ce taux usuraire : il « rémunère le risque » et
il évite « d’encourager le vice ». Peut-être, mais alors il ne faut
pas parler de « solidarité ». Le terme a un sens pour le Portugal,
qui emprunte à un taux plus élevé, mais ce ne l’est sûrement pas pour
l’Allemagne et la France. On est solidaire avec un ami lorsqu’on prend un
risque à sa place, ou au moins qu’on partage le risque (en prêtant au taux
auquel on a emprunté), pas lorsqu’on exige de lui une prime de risque !
Quant à la Banque centrale, ce ne sont pas les Etats en difficulté qu’elle veut
aider (elle le ferait si elle achetait des titres lors de leur émission), mais
les banques (françaises en particulier), qui se sont exposées au risque de
non-remboursement des emprunts de ces Etats. On dira peut-être que, en
soulageant les banques de leurs obligations risquées, elle leur permet de
continuer à financer les dettes publiques et privées de ces mêmes Etats.
L’argument ne vaudrait que si ces banques avaient, en contrepartie, pris
l’engagement ferme, sous peine de sanctions, de reprendre leurs financements
normalement.
Et, malgré tout,
l’échec prévisible
Si les prêts ne
sont nullement désintéressés, ils sont assortis de conditions drastiques. Des
ministres des finances avaient prévenu la Grèce : « S’il y avait des
manquements, les versements seraient stoppés » (le ministre allemand), la
Slovaquie ne pourra (dixit le ministre slovaque) « octroyer aucun prêt aux
Grecs avant de les voir faire leur devoir ». Le FMI a également posé ses
conditions, tout en faisant preuve d’un peu de sollicitude pour les revenus les
plus bas (selon DSK, devenu de fait, selon le mot de Pierre-Antoine Delhommais,
le « super-ministre des finances de la Grèce »). Ce qui vaut pour la
Grèce vaudra, avec un peu moins de rigueur,pour d’autres pays au déficit public moins important et moins endettés.
En France même Fillon nous a annoncé une sévère crise d’amaigrissement des
dépenses de l’Etat (moins 10% en trois ans). Tout cela ne serait qu’un mauvais
moment à passer avant de retrouver les vaches grasses de la croissance, et,
avec elles, les rentrées fiscales propres à éponger les dettes. C’est pourtant hautement
improbable, de l’avis de plusieurs experts, et non des moindres (Jean-Paul
Fitoussi, Nouriel Roubini, Martin Wolf, Paul Krugman et Joseph Stiglitz).
Pourquoi ?
Dans le cas de la
Grèce, les carottes sont cuites. Comment un pays en récession (la spéculation a
fait tomber sa prévision de croissance, ou plutôt de décroissance, pour 2010 à
– 4%) pourrait-il retrouver les moyens d’honorer ses dettes ? Comment un
pays qui paierait des intérêts à 5% sur 110 milliards d’euros de prêts (et dont
les dettes s’élèvent déjà à 133% du PIB) pourrait-il le faire alors qu’il lui
faudrait, pour seulement ramener son déficit à un niveau de 8% du PIB cette
année, une croissance positive ? Comment pourrait-il avoir une croissance
positive, en réduisant brutalement les revenus des fonctionnaires et les
retraites et en augmentant fortement la TVA, donc en tuant la demande ?
Et, dans ces conditions, où trouver les recettes fiscales (d’autant plus qu’une
partie encore plus grande de l’économie va basculer, les individus cherchant à arrêter
la glissade de leurs revenus, dans l’économie informelle) ? Mais ce qui se
dessine pour la Grèce se profile aussi pour d’autres pays. Les cures
d’austérité, dans l’immense majorité des cas (la littérature économique le
prouve) n’ont fait, en période de récession ou de croissance très faible,
qu’aggraver le mal. Alors, oui, les Etats affaiblis et amaigris n’auront plus
les moyens de rembourser leur dettes aux Etats en meilleure forme, et c’est
toute la zone euro qui souffrira. A moins que les prêts ne soient pas versés
(ils ne le seront qu’après vérification, chaque trimestre, que la cure
d’austérité se poursuit normalement), mais alors ce sera encore pire.
L’Allemagne, pour revenir à elle, non seulement ne fera pas les plus-values
escomptées, mais sera victime de défaut de paiements, et, plus grave encore,
verra son grand marché européen devenir exsangue.
En fait c’est toute
la construction européenne qui devient caduque. On se rend compte aujourd’hui
qu’il y avait des vices de structure. J’y reviendrai dans une prochaine brève, retrouvant
là un terrain qui m’est plus familier.
C’est celle qui lui
sert. Je veux dire qui sert à la bourgeoisie allemande (que je ne confonds
évidemment pas avec le peuple allemand). Et je vais vous dire pourquoi (sans faire dans la nuance) :
1° Parce l’Europe
lui a permis de faire oublier sa compromission dans l’horreur nazie et à
l’Allemagne de réintégrer, comme on dit, le concert des nations. Fort bien,
mais de quelles nations parle-t-on au juste ?
2° Parce que
l’Europe a ouvert de vastes horizons à sa politique, fondée sur sa conception
propre du néo-libéralisme, à savoir l’ordolibéralisme (pour faire court :
la concurrence à tous crins et tous azimuts, mâtinée d’un Etat de droit. Ne
cherchez pas plus loin l’origine de la « concurrence libre et non
faussée »). Que d’illusions ne s’est-on pas fait sur le « capitalisme
rhénan » et sur « l’économie sociale de marché » ! On n’a
pas vu que l’Etat social ne fut, pour cette bourgeoisie, qu’une concession
provisoire aux syndicats (difficile de bazarder des assurances sociales qui
dataient de Bismarck et de démolir les contre-pouvoirs accordés aux salariés
tant que la social-démocratie s’y accrochait).
3° Parce qu’il lui
fallait faire accepter la réunification, et une réunification qui s’est faite à
ses conditions. Car le scénario aurait pu être tout autre : un seul Etat
(avec des règles démocratiques unifiées), mais deux systèmes, qui auraient pu
s’influencer l’un l’autre, car la RDA n’avait pas que des mauvais côtés. Au
lieu de quoi il fallait raser cette dernière et pratiquer une épuration
sauvage. Cela a coûté finalement très cher au contribuable allemand (ainsi qu’à
nous d’ailleurs, du fait des taux d’intérêt très élevés des emprunts allemands,
auxquels il nous a fallu emboîter le pas). Mais seul le résultat
comptait : liquider tout ce qui pouvait évoquer, de près ou de loin, le
socialisme.
4° Parce que
l’Europe est pour elle Le grand marché d’exportation. On a mis du temps
à comprendre le sens de la politique d’austérité mise en œuvre ces dernières
années : rendre la production allemande compétitive, et, parallèlement, freiner
les importations en restreignant la demande intérieure (ce qui a fait qu’on a
pu dire del’Allemagne qu’elle était
devenue la Chine de l’Europe). Et voilà comment, dans un marché opportunément
sans frontières, l’Europe s’est trouvée inondée de marchandises allemandes
pendant que l’Allemagne trouvait les produits des autres pays (dont les quelques
produits grecs) beaucoup trop chers.
5° Parce que
l’Europe, telle qu’elle avait été ficelée par les traités, ne créait à l’Etat
allemand que très peu d’obligations de solidarité, avec une BCE interdite
de financer les Etats (ce qui aurait pu les aider à se développer), une
politique monétaire axée sur la désinflation (pour mieux vendre) et non sur la
croissance et l’emploi, les politiques budgétaires des autres Etats mises sous
surveillance, quelles que fussent leurs conditions économiques (pour assurer la
stabilité de l’euro) – autant de contraintes que la crise économique mondiale
allait bousculer ou remettre en question.
6° Parce l’euro
fort était avantageux. On pourrait se demander pourquoi, vu qu’il devrait
normalement pénaliser les exportations. C’est oublier que cela permettait
d’acheter moins cher les sous-produits dont l’Allemagne serait l’assembleur ou
le vendeur final. Et cela permet aussi de comprendre pourquoi l’Allemagne ne
veut absolument pas d’une Europe sociale : il lui faut faire produire à
bon compte, dans les PECO en particulier (via des délocalisations), ce qu’elle
veut exporter.
Le résultat de tout
cela, c’est la crise actuelle :à
trop vouloir exploiter l’Europe à son avantage, elle l’a mis en panne et livrée
à la spéculation financière. Il a fallu que la zone euro commence à se
désarticuler et l’euro à dévisser pour que la bourgeoisie allemande se rende
compte qu’elle ne pouvait avoir le beurre et l’argent du beurre. Le plan de
sauvetage, hier impensable, va-t-il suffire à renverser la vapeur ?
Rappelons seulement, avec quelques députés socialistes qui ont émis « des
réserves » et des députés communistes qui n’ont pas mâché leurs mots, que
prêter à 5% quand on emprunte à 1% représente de l’usure et que les pays qui n’auront
pas au moins un taux de croissance de 2% ne pourront honorer leurs dettes.
J’avais
évoqué, dans une précédente brève, la méthode imaginée pour ramener les pays
indisciplinés dans les clous des critères de Maastrich : le blâme public,
à destination des agences de notation pour qu’elles rabaissent la note des
Etats, et ainsi les contraignent à payer plus cher leurs emprunts. Mais cette
forme de délation apparemment ne suffit pas. La Commission propose d’imposer
des remèdes dans les domaines des salaires, du marché du travail (assouplir
bien sûr ses régles), du marché des biens et des services, mais naturellement
pas dans celui du marché du capital. Et ces règles seront assorties de
sanctions, telles que la suppression des aideseuropéennes, en particulier agricoles. Il s’agit donc d’en remettre une
couche en matière de politiques néo-libérales, en suivant l’exemple allemand.
Décidément
ces eurocrates sont incorrigibles : alors que le Vieux Continent glisse
dans la dépression, on ne change rien à une équipe qui perd. Alors que la
solidarité européenne a atteint son niveau le plus bas, on ne veut rien faire
d’autre que de punir les cancres de la classe.
Je
pense que la lucidité impose de rompre au plus tôt avec cette Europe-là. S’il
est difficile de quitter la classe, au risque de se trouve déqualifié, le
moment est sans doute venu de la désobéissance. J’y reviendrai dans une brève
beaucoup plus longue.
Dans
mon article « Le changement climatique impose la planification »
je dénonçais, à la suite de plusieurs auteurs, le marché des crédits carbone,
plus connu sous le nom du marché des droits à polluer, institué par le
protocole de Kyoto : une mauvaise solution au réchauffement climatique,
complexe, inefficace, terrain de jeu pour la spéculation.
Voilà
que je lis dans Le Monde du 26 juin une remise en cause, par des ONG
spécialisées, du dispositif onusien appelé « mécanisme de développement
propre ». Ce mécanisme transforme des économies réalisées dans la
production de CO2 ou d’équivalents CO2 (des gaz à effet de serre encore plus
nocifs que le CO2) en crédits vendables sur le marché aux entreprises
polluantes, qui voient ainsi leurs droits à polluer augmenter. L’idée était
d’inciter ainsi des industriels des pays du Sud à détruire des gaz nocifs (dans
le cas présent un gaz, le HCFC23, généré lors de la production d’un autre gaz,
le HFC22, utilisé dans l’industrie du froid), ce qu’ils n’auraient pas fait
sans cette incitation financière. Or on s’aperçoit que cette vente de crédits
carbone est si rentable que ces industriels se sont jetés dessus et que ce
marché a pris une ampleur inattendue. Mais, tenez-vous bien, au moins la moitié
de ces économies seraient fictives, et, qui plus est, des industriels
« auraient artificiellement accru leur production et volontairement
maintenu un niveau élevé de pourcentage de HFC23 généré par le
processus », si bien qu’une bonne partie des gaz à effet de serre détruits
grâce à l’argent des crédits carbone n’aurait jamais dû être émise - mais
aurait permis à cette industrie de percevoir un milliard de dollars chaque
année. Ces gaz, en outre, détruisent la couche d’ozone.
Voilà
donc ce qui se passe quand on confie à une industrie privée, moyennant un
avantage financier, la tâche de réduire des quantités de gaz et qu’on institue
un marché spécialisé pour les crédits carbone qui découlent de cette économie.
Alors que la solution simplissime était, pour un Etat, de taxer cette
production ou, pour une agence de l’ONU, de subventionner directement, et sous
contrôle, l’économie réalisée (pour aider les pays en développement à réduire
leur bilan carbone). Le marché des droits à polluer s’avère ainsi non seulement
inefficace, mais contre-productif !
Evidemment
les marchés de ces crédits carbone ont commencé à s’affoler, dans la
perspective d’une révision du mécanisme de développement propre. L’association
qui représente les acteurs de ces marchés a dénoncé « la nature politique
du débat et la pression qu’une telle politisation fait peser sur le
régulateur ». Sans commentaires…
Publicité
Le blog de Tony Andreani
Comment réenchanter la politique ? En lui fixant un nouveau cap, qui serait la construction d’un socialisme du XXI° siècle. Un socialisme dont l’axe central serait la démocratie économique (au sens large).