Pourquoi ce blog ?

 

Comme tous les blogueurs j’ai souhaité faire connaître et rendre accessibles, sur cette prodigieuse Toile qu’est le Net, des choses que j’ai pu écrire, anciennes et nouvelles. Mais surtout j’ai eu envie de nouer des contacts avec des lecteurs dialoguer avec eux. Pour tout cela, un peu de biographie est sans doute utile.

 

Qui suis-je ?

 Difficile à dire. Si j’ai fait de la philosophie (agrégation 1958, doctorat d’Etat 1986), alors que d’autres métiers m’auraient attiré (la peinture, l’architecture, l’ethnologie), c’était justement pour pouvoir m’intéresser à tout et ne pas me spécialiser, ce qui était un peu mégalo, je dois le reconnaître. Et j’ai joui de cette merveilleuse latitude quand j’étais maître assistant de philo à Nanterre, surtout à l’époque où la philosophie s’y était ouverte à toutes les sciences humaines (avant de se refermer sur elle-même), puis professeur de sciences politiques à Paris 8 (de 1995 à 2001, année de ma retraite), où la science politique n’était heureusement nullement confinée à la politologie, et où mes étudiants, venus surtout du 93 et de tous les coins du monde, étaient de gentils et passionnants interlocuteurs.

J’ai donc, sous le chapeau philosophique, enseigné un peu de tout : philosophie bien sûr (philosophie générale et épistémologie des sciences humaines, philosophie politique), mais aussi psychanalyse, sociologie, économie, et même (pas longtemps) psychologie expérimentale. Et mes écrits reflètent cette effroyable diversité, qui n’a pas du tout facilité ma carrière. La contrepartie : de lourds investissement en connaissances - car je ne déteste rien tant que l’amateurisme qui caractérise les philosophes professionnels, quand ils s’aventurent hors de leur domaine – mais aussi toujours le malaise de ne pas en savoir assez et de négliger tel ou tel champ (particulièrement ce qui touche à « la culture » et aux arts). Aujourd’hui encore, je n’arrête pas d’accumuler notes et papiers, tant et si bien que mon cerveau n’en peut mais, et il y a peut-être bien là quelque chose de névrotique. Bref, ces précisions serviront à éclairer mon parcours. Avant d’en dire deux mots, j’ajouterai que, hors mon activité proprement intellectuelle, je n’ai été jamais été qu’un militant de base, à la fois par conviction, par méfiance vis-à-vis de l’exercice du pouvoir, et par manque de disposition à être un homme public. J’ai bien exercé quelques responsabilités (la direction d’un département et d’une équipe de recherche pendant de courtes années), mais sans en tirer ni plaisir ni beaucoup de leçons. Et je dois dire que, en un sens, je le regrette : j’ai été si peu familier des appareils que j’ai du mal à les décrypter. Il est bien tard pour y remédier.

 

Mes domaines de recherches

Ils ont été fort variés, comme on peut le constater si l’on parcourt ma bibliographie : des travaux dans le champ du marxisme, des travaux épistémologiques, des travaux de philosophie politique, quelques travaux sociologiques et quelques études sur la Chine contemporaine, des écrits de science politique et divers articles d’intervention politique. Mais mes recherches se sont surtout portées, dans les dernières années, sur le socialisme : à la fois sur les socialismes historiques, pour en faire un bilan critique, et sur un nouveau socialisme, à concevoir pour le XXI° siècle.

C’est ce dernier champ de recherches qui va, je l’imagine, susciter le plus d’intérêt chez mes lecteurs et  correspondants, et c’est celui sur lequel je souhaite le plus engager un dialogue avec eux, à travers des textes mis en ligne.

 

Repenser le socialisme

 Nous sommes nombeux à la recherche d’une alternative à ce capitalisme néo-libéral mondialisé qui déconstruit systématiquement tout ce qui le rendait vivable (et qui représentait, selon moi, des éléments de socialisme), qui nous a jeté dans une crise dont on ne cherche pas sérieusement à amortir les effets ni à en prévenir le retour, et qui a entraîné une profonde défiance et un véritable dégoût envers la politique. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’on peut se débarrasser du capitalisme du jour au lendemain et que la mondialisation est totalement réversible. C’est pourquoi je pense qu’il ne faut pas répugner à défendre de profondes réformes internes qui pourraient en limiter les dégâts. Mais je crois qu’il faut en même temps commencer à construire, patiemment mais résolument, la nouvelle société : un socialisme de la citoyenneté (notamment à travers la reconstruction des services publics) et un socialisme de marché (articulé à une nouvelle planification). J’ai passé en revue la littérature, si peu connue en France, sur les « nouveaux modèles de socialisme », et tenté d’en proposer un à mon tour, en cherchant à tirer les leçons des échecs du passé et en m’appuyant, autant que je le pouvais, sur les expériences existantes (telles que de nouvelles formes de gestion des entreprises d’Etat, les réseaux de coopératives, ou le financement solidaire). Un maître mot condense ce modèle : la « démocratie économique » (au sens large). Il s’agit d’en éprouver la cohérence et la faisabilité, pour ne pas verser dans l’utopie, fût-elle modeste, et aussi d’en identifier les faiblesses ou les lacunes. Je suis tout à fait persuadé que cela demande de grands efforts et commande de constantes rectifications. Et c’est bien là que la collaboration de mes lecteurs serait des plus précieuses, en même temps, je l’espère, qu’elle pourrait enrichir leur réflexion.

 Mais j’ai aussi un autre projet sur la table, dont je vais dire quelques mots, et dont on trouvera une introduction dans la rubrique « manuscrit » de ce blog.

 

Refaire un retour sur Marx

Il y a bientôt vingt ans j’ai publié, non sans peine, mon « opus magnum », résultat d’un long labeur : deux forts volumes, intitulés De la société à l’histoire, tomes 1 et 2 (le troisième est resté en panne). Il s’agissait d’une part de reprendre les concepts marxiens fondamentaux, dans le champ de ce qui s’est appelé « le matérialisme historique », pour les affiner, les prolonger, les rectifier au besoin, et d’autre part, et en même temps, de les confronter au massif des connaissances (les meilleures, les plus sûres), qui ont vu le jour après la mort des deux pères fondateurs du marxisme.

Curieusement l’entreprise, dans l’ambition théorique qui était la sienne, a été peu tentée par des successeurs, plus soucieux de développer des aspects particuliers ou des leçons et considérations politiques. A l’époque, tout à mon immersion dans le champ des concepts marxiens et désireux de ne pas alourdir encore mon pavé, j’ai sabré les références aux quelques auteurs qui avaient voulu retravailler les concepts fondamentaux. J’ai aussi, pour la même raison, laissé de côté la « critique » (au sens de Marx : prendre le bon et laisser le mauvais) de tous les autres grands courants de pensée – je m’y suis attelé plus tard. Depuis longtemps quelques bons lecteurs et amis me somment de donner une version plus courte et plus lisible de cet ouvrage, aujourd’hui épuisé. Et je ne pouvais m’y résoudre, ne voyant pas comment résumer ce travail sans le décharner. Mais voilà qu’aujourd’hui j’en suis venu à me dire que c’est à présent ce que j’ai de mieux à faire. A condition de trouver un autre ordre de présentation (des chapitres plus courts, dans un autre ordre de succession)  et de me limiter à appliquer les concepts à la réalité contemporaine, en laissant de côté la plupart des analyses, si nombreuses dans mon précédent écrit, se rapportant à d’autres sociétés historiques. J’ai pensé que, en rétrécissant ainsi le propos, je pourrais cette fois faire référence aux quelques contributions importantes à cette reprise/ refonte des concepts fondamentaux, et aux autres courants théoriques (non marxiens, voire anti-marxiens) dont l’apport est notable, ou au moins mérite d’être discuté. Comme il ne s’agit pas de refaire une somme, et comme une étude approfondie serait de toute façon hors de ma portée, ce travail critique devrait être cependant assez léger.

Voilà pourquoi je voudrais faire appel aux lecteurs de ce blog : pour m’aider par leurs commentaires, tant au niveau du discours (est-ce bien lisible ? bien compréhensible ?) que des contenus (quelles objections ? quelles lacunes ?). Comme j’ai souvent travaillé en duo, ce type d’échanges me satisferait et m’encouragerait beaucoup. A intervalles plus ou moins réguliers, je mettrai sur le blog un chapitre, pour le retravailler ensuite en fonction des commentaires. Marx avait la chance d’avoir Engels, nous avons aujourd’hui celle d’avoir la communauté des internautes : je leur dis merci d’avance.

J’ajoute que, à l’heure actuelle (2012), ce travail est en panne, du fait de raisons de santé. Mais je n’y ai nullement renoncé.