Orchestres d’enfants au Vénézuela

 

Vu à la télé un reportage sur ces orchestres d’enfants. L’initiative, lancée il y a une trentaine d’années, a pris une grande ampleur : elle touche aujourd’hui 500.000 jeunes et vise le million. Financée par le gouvernement et par des entreprises privées, elle a essaimé partout dans le pays notamment en direction des écoles des bidonvilles, et jusque chez les petits chiffonniers qui ramassent dans les décharges tout ce qui est vendable (les sacs en plastique par exemple). Le résultat est impressionnant : des gamins et gamines si visiblement heureux d’apprendre la musique et de jouer d’un véritable instrument, au lieu de traîner dans la rue. Les parents ont à peine besoin de les y pousser tant ils le font volontiers, dans une ambiance à la fois de rires et de sérieux. Certains sont si petits qu’ils disparaissent derrière leur violoncelle. Ils apprennent le solfège, les percussions et jouent de tous les instruments de l’orchestre classique.

Le miracle est qu’ils jouent très bien, aussi bien de la musique populaire que du Mozart. On voit aussi, dans le reportage, une adolescente diriger un grand orchestre classique avec une fougue et une sensibilité qui feraient pâlir les bons élèves de nos conservatoires. Ils donnent des représentations auxquelles le public parental participe comme dans un concert de rock, ou plutôt beaucoup mieux (ainsi de ce classique de Gershwin, que toute la salle accompagne en cadence).

Ajoutons que, dans les bidonvilles où cette action culturelle est bien développée, le niveau d’insécurité a fortement baissé, alors qu’il est, à Caracas et dans les autres villes du Venezuela, l’un des plus élevés du monde.

Voyant cela, on ne peut s’empêcher de penser, par contraste, à ce qui se passe dans nos quartiers « difficiles », à l’ennui, au désoeuvrement et à la violence qui y règnent parmi les jeunes, au désespoir de leurs parents, à nos conservatoires musicaux si mal lotis et si désertés par les enfants des classes populaires, à nos tristes politiques de la ville, à l’emprise du show biz et des médias sur la sous culture des banlieues, aux vedettes du rap lancées à grands coups de marketing, aux simagrées de la Star Académie, que sais-je encore. Quand le Venezuela nous donne des leçons…