Ginger et Fred, une sublime parodie

Je viens de revoir Ginger et Fred, du grand Fellini. Et ne peux qu’inciter chaudement les lecteurs de cette brève à faire de même, quitte à acheter le DVD (c’est le genre de film qu’on peut regarder sans se lasser, tant il fourmille de saynètes, comme les toiles des maîtres de

la Renaissance

). L’histoire est très touchante, celle de deux vieux artistes de music-hall qui se retrouvent trente ans après leur dernière prestation (un numéro de danse et de claquettes inspiré des deux célèbres duettistes, Ginger Rogers et Fred Astaire), conviés à faire partie d’un show télévisé pour le soir de Noël, et tentant malgré tout de retrouver ler grâce d’autrefois. Mais ce n’est pas cette histoire qui est le plus remarquable dans ce film - magnifiquement interprété par Giuletta Masina et Marcello Mastroianni. C’est la parodie du show, car elle surpasse toutes les critiques que l’on a pu en faire. La plus grande partie du film se déroule dans les coulisses, lors de la préparation du show. Et cet envers du décor est hallucinant : avec une précision d’horloger Fellini démonte tous les mécanismes qui vont faire d’une série de personnages (une bande de nains habillés comme des singes savants, un vieil amiral gâteux exposant ses médailles comme un exhibitionniste, des girls accoutrées comme des poupées mécaniques, et tant d’autres curiosités dignes d’un musée du mauvais goût) un spectacle destiné à distraire et émouvoir un public préparé par un chauffeur de salle, puis emmené par un animateur pailleté, sorte de Mr Loyal au sourire inoxydable. Pour ceux d’entre vous qui ont eu vent de la télé berlusconienne, ou qui, sans franchir les Alpes, supportent mal nos émissions de variétés, qui font aussi volontiers dans le rétro, la fresque fellinienne, qui date pourtant de 1986, est proprement jubilatoire. En outre, c’est un pur chef d’œuvre, comme tous les films de cet immense créateur.